Chris Marker, l'Encyclopédiste

Chris Marker, La Jetée
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Chris Marker, La Jetée - © RTBF Pascal Goffaux 2018

Chris Marker, Memories of the Future est une exposition présentée à Bozar jusqu’au 6 janvier.

Conçue par la Cinémathèque française qui a acquis un important fonds d’archives de l’auteur, elle présente quelque cinq cents documents : films, vidéos, fichiers informatiques, photos, collages, livres, objets divers … de ce créateur multidisciplinaire.

Chris Marker (1921- 2012) de son vrai nom Christian Bouche Villeneuve était né à Neuilly-sur-Seine. Il a créé une légende autour de sa personne. Il se montrait peu et peu de photos circulaient, mais les biographes ont relaté des événements d’une biographie fictive. Il serait né à Pékin. Il aurait passé deux ans de sa vie à Cuba avec un oncle à l’identité inconnue. Il aurait suivi les cours de Jean-Paul Sartre. C’est totalement faux ! Chris Marker reste une énigme comme son film le plus connu, La jetée, réalisé en 1962, qui est la première oeuvre de l’histoire du cinéma réalisée à partir de photos fixes. Que raconte ce photo-roman ? Un enfant sur la jetée à Orly voit le visage d’une femme. Elle regarde un homme qui est en train de mourir. Cet enfant à la fin du film se rend compte que l’homme en train de mourir, c’est lui. A la fin du film, le spectateur n’a qu’une envie, c’est de revisionner le film. La jetée est un film de science-fiction sur la troisième guerre mondiale qui ouvre et referme une parenthèse dans la production de Chris Marker qui est avant tout un documentariste. Il cartographie le monde en suivant les soubresauts de la grande Histoire. Il parcourt la terre en sens divers : la Sibérie, la Corée du Nord, la Chine, Cuba, Israël, le Chili, le Vietnam, … Agé de septante ans, il réalise trois documentaires dans les Balkans.

Outre La jetée, deux autres films sont projetés intégralement dans l’exposition. Les statues meurent aussi tourné avec Alain Resnais en 1953 est un film sur l’art africain, inspiré du Musée imaginaire de Malraux, avec une dimension critique portant sur le colonialisme. Le fond de l’air est rouge est une fresque des mouvements de gauche dans le monde et de leur déclin, un film d’archives daté de 1977. Le montage projeté dans l’exposition est d’une durée de trois heures. Comme la plupart des intellectuels après la deuxième guerre mondiale, Chris Marker avait mis des espoirs dans les régimes politiques socialistes. La contestation viendra à la fin des années 60 . La désillusion suivra.

L’approche géopolitique est intéressante. Le langage du cinéaste passionnant à décoder illustre ce que Jean Vigo nommait le point de vue documenté. La caméra prend position ! Chris Marker écrivait des documentaires à la première personne. Rien à voir avec un propos subjectif débridé ou avec un collage d’images à la manière des surréalistes. Le réalisateur glissant le long d’une chaîne associative suivait un fil narratif ou historique, mais l’auteur témoignait pour rendre compte de la réalité.