Bientôt, Déjà, Hier, au Centre de la Gravure

Les portraits de Roman Opalka
Les portraits de Roman Opalka - © RTBF Pascal Goffaux 201

Le Centre de la Gravure à La Louvière présente une exposition sur le concept de temps. Bientôt, Déjà, Hier est un titre qui opère un choc temporel. Comment représenter l’empreinte du temps et les métamorphoses qu’il opère ? La gravure qui est une technique lente prend en compte le temps et multiplie les tirages. Une série d’images imprimées peut raconter l’écoulement du temps.

L’exposition réunit 270 œuvres sorties des riches collections du centre dont un portfolio de cinquante estampes de Roman Opalka, un artiste franco-polonais, obsédé par le temps. En 1965, il entreprend une œuvre consistant à peindre en blanc la suite des nombres, de 1 à l’infini, sur des toiles noires de 195 cm sur 135. Quand la toile est remplie avec un dernier nombre inscrit dans le coin inférieur droit, il poursuit sur une autre de même format. En 1972, ayant atteint le million, il ajoute à chaque nouvelle toile 1% de blanc en plus au fond noir de la précédente. En 2011, à la fin de sa vie, sa dernière toile est proche d’un monochrome blanc. Le dernier nombre tracé sera 5.569.249

Parallèlement, quand il terminait une toile, il réalisait un autoportrait photographique, sur un fond neutre, habillé de la même chemise blanche. La photo était présentée avec à sa droite le nombre auquel il était arrivé. La succession des images montre le vieillissement de l’être. Dans l’exposition, les cinquante portraits sont disposés sur une droite horizontale, une ligne du temps avec un point de fuite, la mort.  

Bientôt, Déjà, Hier invite à la déambulation par la présentation des œuvres. Les séries égrènent les images et l’estampe dans ses variations ouvre au regard des perspectives. Des alcôves qui présentent l’univers graphique de quelques créateurs rompent la linéarité du temps et de l’espace. Le visiteur entre dans la bulle d’un artiste comme s’il découvrait son journal intime. Ainsi, Anne De Gelas opère une mise à nu pudique d’une réalité passée et Kikie Crêvecoeur continue au jour le jour son travail de gravure sur gommes en petites notes fragiles et précieuses comme la vie.

Catherine de Braekeleer, la directrice du Centre de la Gravure, assure le commissariat de l’exposition.  Remarquablement scénographiée, elle rassemble des œuvres de Tetsuya Noda, Edouard Boyer, Kevin Britte, Pierre Buraglio, Balthasar Burkhard, Sophie Calle, Sylvie Canonne, Christian Carez, Jean Dubuffet, Michel François, José Maria Sicilia, Luc Tuymans, …

L'interview de Catherine de Braekeleer

Une archive : l'interview de Roman Opalka en 2001

La séquence Grand Angle