Beyrouth : une statue faite des débris de l'explosion pour commémorer la catastrophe

Trois mois après la catastrophe du port de Beyrouth, qui a vu la ville être détruite par une série d’explosions meurtrières, l’artiste et activiste libanaise Hayat Nazer inaugure une statue pour commémorer le drame. Entièrement faite avec des débris retirés des ruines, Lady of the World s’est tenue provisoirement au milieu de ce qui reste du port, en attendant que les autorités acceptent ou non de l’y laisser.

Elle a des airs d’une Victoire, comme celle de La Liberté guidant le Peuple, cheveux au vent et bras dressé en signe de combativité. Elle n’est pas encore très grande, et son nom n’est que provisoire, mais elle fait déjà parler d’elle. Lady of the World est le premier monument qui rend hommage au Liban meurtri par la catastrophe. Son nom définitif sera choisi par les internautes, selon le souhait de l’artiste.


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Hayat Nazer a déjà fait retirer la statue, par crainte que les autorités ne la détruisent. Il faut dire que récemment, l’artiste a déjà vu l’une de ses œuvres, une sculpture monumentale représentant un phénix et symbolisant la révolution, être retirée de la place des Martyrs, où les opposants au gouvernement l’avaient érigée en marge des protestations contre le pouvoir débutées en octobre 2019 et qui avait précipité la chute du Premier ministre Hariri, et détruite. Mais elle espère bien pouvoir monter une version bien plus imposante de sa Lady of the World sur les ruines du port de Beyrouth.

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She will be leaving the port in few days, as I am worried some government protestors might burn or destroy her like they did to the #Phoenix of the #Revolution in Martyr Square... I have to protect her for now, but I wish to create a much bigger replica that would be long lasting and to be hopefully located at the port, carrying items from people’s homes, and souvenirs from the people we lost at the explosion, with their names and memories, to stay, for future generations to come and see what happened to us on the 4th of August 2020... A memorial, a tribute for all of us who are traumatized here, this is a transformative art that aims at acknowledging the truth and the pain, to preserve the memories, but also to regain strength and rise again from our own ashes, to fight for the truth, for our dreams and future... We will never forget, never forgive.. but we will rise, carrying our own wounds and stories yet spreading positivity and change all over the world wherever we go... Maybe through #Art we can make the #Change we wish to see in this #World - Thanks to everyone of you who encouraged and inspired me, my public art is a blend of myself and everyone around me so much Love Photo credit by @eliebekhazi

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Cette future version serait, comme son aînée, aussi composée de débris et d’objets personnels que des Beyrouthins et Beyrouthines sont venus lui apporter. Ainsi, la statue est composée de bris de verre, de tôle froissée, de tiges de métal pliées. A ses pieds, une horloge cassée indique 18h06, l’heure à laquelle la première explosion s’est produite. Dans sa main, un drapeau national ou une torche est portée vers le ciel. Et sur son visage de ciment, une profonde cicatrice symbolise les blessures et souffrances du peuple libanais.

Un mémorial, un hommage pour nous toutes et tous qui sommes traumatisés ici, c’est un art transformateur qui vise à reconnaître la vérité et la douleur, à préserver les souvenirs, mais aussi à reprendre des forces et à renaître de nos propres cendres, à lutter pour la vérité, pour nos rêves et notre avenir… (Hayat Nazer)

Militante et artiste, Nazer s’est d’abord formée à la peinture, en utilisant les textures et le relief sur ses toiles (elle a par exemple peint la Grand-Place de Bruxelles survolée par une gaufre stellaire en relief), avant de construire des statues avec des matériaux de récupération. Le phénix était fait de barres de métal prises sur les tentes détruites des protestataires de 2019 délogés de la place des Martyrs par les forces de l’ordre.

Fortement engagée en faveur des réfugiés de Palestine ou de Syrie (le Liban accueille autant de réfugiés qu’il a d’habitants), la jeune femme avait également pris part aux protestations l’an passé, et plusieurs de ses œuvres s’en étaient fait l’écho. L’artiste avait par exemple réalisé Heart of Revolution, la sculpture d’un cœur de fils barbelé remplis de pierre et de bombes de peinture de rouge.