Basquiat, éternellement brillant

Jean-Michel Basquiat Circus, Vomit, Mostly Pink – 1982 Acrylique sur toile montée sur support en bois 155 x 152 cm
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Jean-Michel Basquiat Circus, Vomit, Mostly Pink – 1982 Acrylique sur toile montée sur support en bois 155 x 152 cm - © Studio SEBERT

Artcurial, célèbre maison de ventes aux enchères, expose en ses quartiers bruxellois, 10 œuvres du magnifique et vénéré Jean-Michel Basquiat. Personnellement, je me serais même déplacée pour une seule d’entre elles mais oui, ces 10 œuvres offertes à nos yeux, gratuitement, méritent la visite.

Jean-Michel Basquiat est mort à 27 ans, foudroyé par la drogue mais aussi, par la fulgurance même de sa vie, de son succès. Jeune New-yorkais d’origine haïtienne de par son père et portoricaine de par sa mère, il est très vite encouragé par celle-ci à approfondir ses talents de dessinateur. Ces mêmes parents ont également créé en lui de nombreuses zones d’ombre. Sa mère a fait de fréquents séjours en hôpital psychiatrique et son père à défaut de tendresse, lui offre une autorité redoutable, le poussant très vite au vagabondage.

Il a 17 ans quand il choisit les rues de New-york comme domicile. Il vend des vêtements, des cartes postales qu’il dessine. Et alors que Keith Haring envahit les murs new-yorkais de ses "radiant babies", Basquiat appose avec ses amis, ses messages à proximité des galeries, les signant du pseudo SAMO "Same Old Shit", d’une couronne et du signe copyright. C’était en 1976 et commence pour lui, la notoriété qui le ravit, l’emporte et l’agace. Ces mêmes messages finissent, signés, d’un "Samo in dead". Il a été, à 22 ans, le plus jeune et premier artiste noir invité à la Biennale du Whitney Museum.

 

Basquiat,artiste prolifique et polyvalent, était tant attiré par un certain classicisme, un mysticisme, les mystères de l’anatomie humaine, le sens et la forme des mots, la musique, la politique, l’affirmation de sa "négritude", la télévision, la rue dans son intemporalité et sa violence… donnant à ses œuvres un rythme, une universalité qui traverse incroyablement facilement le temps pour quelqu’un qui a si bien définit l’Underground. Mélange de douceur, presque de naïveté et de flamboyance, de révolte mais aussi du bling bling d’antan, du star système.

Et probablement se serait-il amusé de la reconnaissance et de l’incroyable casting du film réalisé sur sa vie, en 1996, par le peintre Julian Schnabel. Amusé également de retrouver ceux qu’il a connu : Julian Schnabel, Vincent Gallo, David Bowie, Dennis Hopper… J’avais 20 ans quand j’ai vu ce film, en pleine New-Yorkmania, qui ne m’a d’ailleurs, jamais quittée. Je connaissais certaines de ses œuvres dont j’aimais la sensibilité, la contestation et aussi une certaine rudesse. Basquiat n’était pas que dans la révolution. Malgré la bohème et le grand désordre apparent de sa vie, on sent également la détermination, l’ambition voire l’arrogance.

En témoigne son admiration et sa rencontre avec Andy Warhol. En bonne midinette, il avait accroché sa photo au-dessus de son lit, bien avant de collaborer avec lui. A partir de 1984, ils réaliseront en commun des peintures, fortement critiquées. On reprochera à Warhol d’avoir utilisé Basquiat par opportunisme, Basquiat lui, ne se remettra pas de sa mort.

 

Les 10 tableaux présentés par Artcurial couvrent la période de 1982 à 1985 et surtout, sont issus de collections privées. Rarement exposés, ils définissent parfaitement son style. "Santo" - un ensemble composé d’acrylique, encre, crayons gras et collages sur panneau - par exemple de 1985 reprend les symboles qui lui sont chers : la couronne, le mot, l’ex-voto…. symboles qu’on retrouve dans "Circus, vomit, mostly Pink".

L’équilibre tendu des couleurs, l’occupation rythmée de l’espace me surprennent et s’imposent à chaque fois. Basquiat est mort il y a plus de 25 ans et il a laissé à sa mort, précoce, quelque 800 tableaux et 1500 dessins. Et pourtant, son œuvre garde la marque de sa jeunesse et jamais ne sature. Fortement identifiable, séduisante, justement séduisante. Artcurial inscrit cette exposition dans le cadre de leurs missions culturelles. Il est à noter que lors des bilans des plus grosses enchères d’œuvre d’art pour l’année 2013, en France, c’est une œuvre de Basquiat qui apparaît en cinquième position, "Crown Hotel" a été adjugé à 5,7 millions d’euros par la maison Sotheby’s.

 

Sur le dépliant de l’exposition, cette citation d’Andy Warhol : "Basquiat a été un miroir reflétant ce qu’il a été, ce qu‘il est et aurait rêvé d’être". Si seulement, il pouvait en être ainsi pour chacun de nous.

 

Stéphanie Etienne

 

Infos pratiques

L'adresse : 5 avenue Franklin Roosevelt à Bruxelles

Exposition gratuite jusqu’au 13 février 2014.

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