"Art is comic" : de l'humour contre la haine

"Art is comic" : de l'humour contre la haine
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"Art is comic" : de l'humour contre la haine - © Brecht Evens

Pour sa troisième exposition, le jeune musée iconoclaste bruxellois frappe fort à base de culture pop et d’humour noir. “Art is comic” est sans conteste l’un des évènements phare de l’été bruxellois.

 

Quand le MIMA a ouvert ses portes en avril 2016, c’était aux lendemains des terribles attentats de Bruxelles. C’est à ce moment que les organisateurs ont réfléchi à une réponse face à la haine, le projet “Art is comic” était né. L’exposition se présente comme une “riposte légère aux attentats de Bruxelles”, une réponse humoristique et artistique particulièrement appropriée en ces périodes sombres. Grâce aux artistes Brecht Vandenbroucke, Mon Colonel & Spit, Brecht Evens, HuskMitNavn, Jean Jullien et Joan Cornellà, on préfère sourire que pleurer.

 

Les prémisses de l’exposition se dessinent directement par une série de tableaux numériques, faisant défiler (un peu trop vite) les univers des six artistes que l’on s’apprête à (re)découvrir. Le décor est planté, il s’agit non seulement d’une introduction atmosphérique habile mais cela nous place aussi et surtout dans la modernité de ses artistes profondément pop, qui ont soit construit leur notoriété sur le web, l’ont accru ou du moins y sont très présents.

 

La visite commence avec les imposants dessins muraux de HuskMitNavn qui nous indiquent le sens de l’exposition. Le noir, le blanc, le bleu et le vert sont ses couleurs de prédilection, qui peignent un univers absurde fait de personnages presque disneyiens aux pupilles dilatées qui dénoncent notre société, la politique, la publicité. L’artiste danois a toujours gardé son anonymat mais son pseudonyme signifie “Rappelle-toi de mon nom”, un paradoxe comme tout son univers artistique. Les oeuvres que nous découvrons ensuite sont celles de Mon Colonel et Spit, deux artistes Liégeois qui ont construit un véritable mémorial de la pop-culture avec des sculptures et autres céramiques. Chaque objet porte la marque d’une influence dans la vie des deux artistes, un hommage matérialisé comme pour se souvenir d’où ils viennent. Les différents objets donnent une impression de reliques funéraires, des vases anciens sur lesquels on aurait écrit des pensées fugaces composées de paroles de chanson. Mon Colonel et Spit figent l’instantané.

 

Jean Jullien est un artiste du quotidien. Il prend des scènes de la vie de tous les jours et met en exergue les changements sociétaux comme la pratique accrue des outils numériques avec un style naïf qui n’est pas sans rappeler celui de Marjane Satrapi. L’illustrateur français connaît un beau succès et a travaillé avec de grands musées et journaux à travers le monde. Son style candide et coloré fait ressortir l’absurdité de notre vie contemporaine. Brecht Evens est aussi de cette trempe des artistes du quotidien, le dessinateur qui a quelques magnifiques BD à son actif donne à voir dans cette exposition des planches de son nouveau projet “The City of Belgium”. L’artiste belge y montre la foule, la masse et l’absurdité de la communauté humaine avec ses aquarelles aux couleurs magnifiques et son sens aigu du détail. Des carnets de brouillon de l'artiste sont en consultation durant l'exposition.

Je suis d’accord avec cette citation de Bills Hicks : "Je crois qu’il y a une forme d’égalité dans l’humanité : nous craignons tous."

Joan Cornellà

 

Les deux derniers artistes de l’exposition sont beaucoup plus frontaux et cyniques, Brecht Vandenbroucke aime à dénoncer les effets de l’hyper-connexion et des individualités noyées dans la masse. Thème qu’il matérialise d’ailleurs avec un babyfoot géant avec des joueurs identiques qui regardent tous dans la même direction. Il ne s’agit d’ailleurs que d’hommes blancs. Le Belge tape du poing aussi sur les grosses sociétés qui annihilent la réalité ou s’approprient notre vie privée. Joan Cornellà est le dernier joyeux luron de la bande, qui a plus que tous les autres construit sa réputation sur le web. L’artiste espagnol utilise des personnages souriants et des représentations très simples pleines d’humour noir qui mettent en avant les absurdités de la société humaine, que ce soit les pratiques liées aux numériques, la lâcheté humaine, la bêtise de certaines lois… L’univers de Cornellà est l’un des plus cyniques et drôles des artistes contemporains.

 

Tous ces artistes réunis au MIMA portent avec leur art un certain engagement sous couvert d’humour noir et de pessimisme sur la race humaine, une exposition matière à réflexion à aller voir en prenant son temps.

Informations pratiques

"Art is comic"
Jusqu'au 31 décembre 2017
Au MIMA (Quai du Hainaut 39-41, 1080 Bruxelles)