Art contemporain : le virtuel a fait tomber les tabous

Les foires d’art contemporain et les galeries ont tiré les leçons du confinement: la version numérique des expositions attire un plus large public mais exige plus de transparence sur les prix. 

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S’il est une activité où la présence physique est indispensable, c’est bien les galeries d’art et les foires, d’art contemporain entre autres. Aucun galeriste ne vous dira que la confrontation avec l’œuvre est anecdotique et dispensable. Parce qu’il y a la matière, l’espace, les dimensions, la lumière… et le marchand. Le galeriste est à nos côtés pour nous donner des informations sur l’œuvre et nous éclairer sur la démarche de l’artiste, mais aussi pour nous convaincre d’acheter une oeuvre.

Ce côté business reste pourtant la partie discrète voire " honteuse " du noble métier de galeriste, comme si -pour le grand public- chaque galerie, chaque foire devait rester un espace privilégié où règne l’amour de l’art et des artistes. Mais les trois mois de confinement et de fermeture des espaces pourraient bien changer la donne.

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La Foire Papier Montréal 2017 © Jean-Michael Seminaro

Le virtuel fait tomber les tabous

Pour continuer à être présentes pendant le lockdown, les galeries et certaines foires ont migré vers le virtuel. Le medium web leur a révélé ses avantages et son langage :  une visibilité " mondiale " par essence incontrôlable, un espace pour diffuser du contenu original autour des artistes, via des interviews et des visites virtuelles en video et un langage simple et immédiat via instagram.

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Visite 3D d'un stand de Art Paris Digital © onlineviewingroom

Cette communication, de fait, vers le plus grand nombre désenclave quelque peu l’art contemporain de son créneau de niche et libère le marchand qui sommeille en tout galeriste en affichant même le prix des œuvres.

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Janos Fajo - Erika Deák Gallery © galleryviewer.com

 La foire Art Brussels en ligne: une preview de l'édition 2021 

L'édition physique d'Art Brussels en avril, a été annulée. La foire se réinvente en ligne jusqu'au 19 juin par un partenariat avec la plateforme GalleryViewer. De nombreuses galeries qui participeront à la foire de 2021 sont en ligne jusqu’au 15 juin. Plus de 1500 oeuvres sont à découvrir avec une consultation par pays, nom d'artiste, galerie ou par fourchette de prix. Art Brussels revendique "une totale transparence des prix".  Cette pratique nouvelle permet de se rendre compte de la fourchette de prix, qui débute à 200 euros et s'envole à plus de 100.000. Et sûrement davantage puisque certaines galeries comme Almine Rech ou Baronian Xippas en Belgique ne jouent pas la transparence. Avis aux jeunes collectionneurs. Pour entretenir la curiosité, de nouvelles oeuvres sont ajoutées chaque jeudi. Ce qui permet de faire plusieurs présentations, par thème par exemple. Une formule gagnante. Art Brussels en ligne a accueilli plus de 10.000 personnes au cours des premières 24 heures. 

Pour en savoir plus : l'interview de Anne Vierstraete, directrice de la foire par Pascal Goffaux .
 
 
Art Paris goes digital

La foire Art Paris 2020 devait se tenir du 28 au 31 mai au Grand Palais. L'édition 2019 a rassemblé 63.000 visiteurs. Contraint à annuler l'événement, Art Paris a migré vers la plateforme Artsy "le plus grand marché de l'art en ligne au monde" avec 4000 galeries représentées. L'édition en ligne de la foire permet de passer de 4 jours à près d'un mois , du 27 mai au 20 juin 2020. Art Paris Digital a conservé les sections de la foire 2020 : secteur général, solo shows, espace promesses -jeunes galeries, focus scène française et focus péninsule ibérique. 100 galeries, 1000 oeuvres à la vente et un usage plus actuel du numérique que Art Brussels avec Art Paris Live : une visite virtuelle en 3D de chaque stand de galerie.

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Masque Senufo -Côte d'Ivoire © youngcollector.art
Harpe Mangbetu - RDC © youngcollector.art

youngcollector.art : une plateforme pour l'art africain 

Depuis près de 20 ans la galerie Didier Claes présente des oeuvres d'art africain et revendique une clientèle de collectionneurs américains et européens ainsi que des institutions muséales internationales. Le galeriste avait le désir de toucher un public plus large pour proposer des oeuvres au prix plus abordables (de 3.000 à 15.000 euros tout de même). La solution: la plateforme en ligne youngcollector.art. Une plateforme qui prose le descriptif des oeuvres et des articles sur des pièces ou des ethnies.

C’est déjà exceptionnel pour nous d’afficher les prix, on ne l’a jamais fait.

Selon la responsable de la plateforme, Jessica Quarato, rencontrée par le magazine en ligne Mu-Inthecitypasser la porte d’une galerie comme celle de Didier Claes peut en rebuter plus d'un par peur des prix et de la notoriété que représente la galerie. Par contre, le virtuel désinhibe le jeune collectionneur potentiel. Autre élément de la culture internet qui force le milieu à évoluer: la transparence. Des prix et dans ce cas-ci de l'origine des pièces. "On affiche aussi les provenance et identité de la pièce, pour être totalement clair et transparent. Cela donne un premier aperçu, c’est un peu comme quand vous êtes intéressé par une maison sur un site immobilier, vous avez un descriptif pour vous aider à prendre la décision" affirme Jessica Quarato sur Mu-inthecity.