Andy Warhol : life, death and beauty. Mais Warhol, surtout.

Dollar sign, 1981, Acrylique et sérigraphie sur tissu
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Dollar sign, 1981, Acrylique et sérigraphie sur tissu - © © Collection of The Andy Warhol Museum, Pittsburgh SABAM 2013

Andy Warhol occupe le BAM, Beaux-Arts Mons, à Mons, jusqu’au 19 janvier 2014. Si vous pensez avoir déjà beaucoup vu du maître du Pop Art, allez-y.

L’exposition est produite par " The Andy Warhol Museum " de Pittsburgh et présente une centaine d’œuvres de l’artiste dont certaines rarement, présentées en Europe. Et si, c’est possible.

Andy Warhol est pour moi, le symbole - comme le sont Roy Lichtenstein, Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat, d’ailleurs – d’un certain New-York. Un New-york fantasmé. Ville mythique au sein de laquelle, il baladait sa silhouette si identifiable, de dandy timide en quête de célébrité, au teint trop pâle et à la coiffure platine, improbable. Entouré de ses courtisans, de sa bande. Le studio 54, la Factory, le Velvet Underground, le magazine Interview…une certaine idée du comment traverser la vie, sous une boule à facettes, à beaucoup regarder, à beaucoup célébrer, sans se ménager, que diable… Peintre, réalisateur, producteur musical, chroniqueur mondain, auteur.

Plus de 20 ans après sa mort, sa place dans l’histoire de l’art n’est plus contestée mais la valeur de son travail interroge, encore. Un artiste volontairement commercial, qui au travers de la sérigraphie, rend " artistique " des produits fabriqués en masse et popularise la production massive de l’art. Un travail trop facilement séduisant. Cela laisse le monde si codifié de l’art, toujours un peu sceptique.

 

Un artiste pour adolescents. Aux couleurs trop vives, aux citations sans nuances et aux effets trop immédiats. Décliné sur des T-shirt, des mugs, des affiches, des livres… L’historien d’art américain, Robert Rosenblum, l’a décrit comme un " peintre de Cour des années 70 " lorsqu’Andy Warhol réalisait les commandes d’industriels, chanteurs, acteurs, des stars, socialite….leur permettant d’accéder à une immortalité à 25.OOO dollars. Portraits réalisés par son studio, auxquels il n’apportait souvent, que le coup de peinture finale.

La rétrospective du BAM leur réserve toute une salle. Ode à la beauté, à l’égocentrisme, tentatives dérisoires de fixer le temps. On connaît tellement bien le principe et pourtant, on se surprend à vouloir les identifier, comprendre ce que lui, Andy Warhol, évidence : Jacqueline Kennedy, Dennis Hopper, Liza Minelli, Truman Capote, entre autres.

 

Mais surtout, pour cette exposition, le commissaire, Gianni Mercurio a souhaité explorer un aspect moins connu de l’art de Warhol, à savoir son lien avec la spiritualité et la religion. Le conduisant à une esthétique oscillant en permanence entre vie, mort et beauté. D’ou le titre : Life, death and beauty.

 

Certes.

Enfant différent – de par sa maladie, la mort précoce de son père – né à Pittsburgh, de parents d’origine tchécoslovaque, entouré par les icônes byzantines. On se doute que cela laisse des traces. La tentative de meurtre dont il a été victime, plus tard, aussi. Et qu’une fois encore, derrière cette ambition affichée, cette superficialité construite, cette quête absolue de la célébrité – 15 minutes of fame – ce besoin de tribu, il y a de la complexité, des failles, des espoirs, une solitude. Mais très personnellement, concernant le travail de Warhol, peu m‘importe.

J’aime ce qu’il en a fait. Que de fabriquant d’icônes, il en soit devenue une, lui même. Une légende, un emblème voire une caricature de l’époque. Qui n’était pas si joyeuse, d’ailleurs. J’idéalise moi-même, une ville qui au beau milieu des années 70, était solidement au bord de la faillite. Les artistes habitaient des lofts énormes mais mal, voire pas chauffés du tout, pour cause d’une industrie qui avait déserté ce paysage urbain. L’homosexualité était encore condamnée, dans ces années noires du SIDA. Et New York, la multiraciale, n’avait pas encore si bien assimilé, toutes ces cultures. Bien sûr, Warhol était du bon côté de la ville, adulé par les happy few mais prompt à accueillir dans sa tribu, quiconque en avait la fantaisie.

Je pensais ne retrouver, que des œuvres déjà vues en cette exposition à Mons. Et cela m’aurait suffi, c’eut été comme retrouver de vieilles amies. Et, il y en avait. Les portraits, la dernière scène, les dollars, la Vénus de Botticelli… Par contre, les animaux, cette statue de la Liberté version camouflée, Guns, Knives, ces photos de lui, travesti, n’ont – me semble-t-il – été, que peu montrées jusqu’à présent.

 

J’ai aimé, une fois de plus, être happée par ses couleurs, par son esprit, critique et efficace, son énergie.

Andy Warhol ne voulait pas laisser de déchet derrière lui, après sa mort. "Je n'ai jamais compris pourquoi, lorsque l'on meurt, on ne se contente pas de disparaître, afin que rien ne change, sauf que vous ne seriez plus là. J'ai toujours pensé que j'aimerais que ma pierre tombale reste vierge. Pas d'épitaphe, pas de nom. En fait, si, je voudrais qu'elle dise "fruit de l'imagination" ("figment", en anglais).

Il a une tombe à Pittsburg, sur laquelle ses admirateurs laissent des fleurs et des objets, en rapport avec son œuvre. Des boîtes de soupe Campbell, par exemple. Le musée Warhol, pour célébrer ses 85 ans a même imaginé, un projet de webcam reliée continuellement à sa tombe. Andy Warhol a depuis longtemps, dépassé les 15 minutes de célébrité.

 

Stéphanie Etienne

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