57e Biennale de Venise: objets de l'Antiquité et créations contemporaines se répondront au pavillon irakien

Déesse mère, sans doute déesse de la fertilité. Récupérée des Pays-Bas en 2010. Pierre datant du Néolithique, environ 5000 av. J.-C.
2 images
Déesse mère, sans doute déesse de la fertilité. Récupérée des Pays-Bas en 2010. Pierre datant du Néolithique, environ 5000 av. J.-C. - © Courtesy Iraq Museum, Department of Antiquities; Ministry of Culture, Tourism and Antiquities; and Ruya Foundation

L'exposition présentée par le pavillon irakien à la 57e Biennale de Venise, intitulée "Archaic", dévoilera 40 objets anciens irakiens en pierre, en verre et en terre cuite datant pour les plus vieux du Néolithique et pour les plus récents de la période néo-babylonienne. C'est le musée national d'Irak qui a prêté ces objets, dont la plupart n'ont jamais quitté le pays.

Il s'agit d'objets du quotidien (pots, jouets), d'outils médicaux, d'un instrument de musique et de figurines. La sélection en a été effectuée par Tamara Chalabi, co-curatrice de l'exposition (et cofondatrice de la fondation Ruya, une organisation non gouvernementale à but non lucratif), en collaboration avec le directeur du département des antiquités du musée national d'Irak et d'un archéologue. Ce regroupement d'objets est censé illustrer "l'immense héritage antique du pays, dans le contexte de la fragile réalité d'aujourd'hui", selon un communiqué des commissaires de l'exposition.

Ces archives historiques d'une grande importance seront exposées dans le même cadre qu'un assortiment d'œuvres réalisées par huit artistes irakiens modernes ou contemporains. Le peintre et sculpteur Jawad Saleem fut l'un des premiers Irakiens à étudier les beaux-arts en Europe; il mélangeait ces influences européennes avec une formation artistique suivie au musée national d'Irak. Deux de ses œuvres majeures seront présentées, parmi lesquelles "The Hen Seller" ("Le vendeur de poules", 1951), qui n'a pas été exposée publiquement depuis les années 1950.

L'art examine l'instabilité politique et la guerre

Shakir Hassan Al Said, l'un de ses disciples, sera aussi présent puisque plusieurs de ses tableaux des années 1960 seront exposés: ils reflètent son grand intérêt pour le divin, le soufisme et l'abstraction. Nadine Hattom, artiste irako-australienne basée à Berlin, explore les traditions de la communauté mandéenne, un groupe religieux du Sud de l'Irak dont sa famille fait partie. Un film de Luay Fadhil suivra un homme qui rend visite quotidiennement à un scribe afin de communiquer avec sa femme récemment décédée, reliant ainsi le présent de l'Irak avec son histoire antique, le pays étant le berceau de l'écriture. Ali Arkady, photojournaliste effectuant depuis 2010 des reportages sur les réalités politiques instables en Irak, exposera ses photos, qui témoignent de l'effet de la guerre sur les soldats, les civils et la terre.

Dans le cadre de l'exposition sera également présentée une œuvre de commande de Francis Alÿs, artiste belge vivant à Mexico. En février 2016, il a effectué un voyage dans le Nord de l'Irak au cours duquel il a visité des camps de réfugiés, puis un second voyage en novembre 2016 sur la ligne de front à Mossoul en compagnie d'un bataillon kurde. Cette nouvelle installation, regroupant dessins, peintures et photographies, examinera le rôle de l'artiste en temps de guerre.

La biennale se tiendra dans une bibliothèque historique du palais Cavalli-Franchetti. Les objets anciens y seront exposés dans des vitrines spéciales, faisant écho au mode de présentation habituel des antiquités.

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site de la fondation Ruya (en anglais).

La 57e Biennale de Venise se déroulera du 13 mai au 26 novembre.