21 rue La Boétie, l'exposition à la Boverie

Anne Sinclair devant son portrait par Marie Laurencin
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Anne Sinclair devant son portrait par Marie Laurencin - © RTBF Pascal Goffaux 2016

21 rue La Boétie était l’adresse de la galerie parisienne de Paul Rosenberg, un des plus célèbres marchands d’art du XXe siècle. Il fut le conseiller de pas mal d’artistes : Picasso, Braque, Matisse, Léger, ... Le destin de Paul Rosenberg croise l’histoire de la première moitié du siècle. Le nazisme confisque les collections d’art dégénéré. La déportation est épargnée à la famille Rosenberg, mais elle connaît l’exil en Amérique où Paul Rosenberg poursuit ses activités dans sa galerie new-yorkaise. A la Libération s’engage une lutte pour la restitution des œuvres.

L’exposition à la Boverie raconte l’histoire de Paul Rosenberg confrontée à la grande Histoire et intègre les œuvres dans une scénographie conçue par Tempora qui tantôt évoque la galerie du marchand, tantôt rappelle le contexte politique et social. Des œuvres remarquables, d’une qualité exceptionnelle, ont été prêtées par de prestigieuses institutions telles le Centre Pompidou, le Musée Picasso (Paris) et le Museum of Modern Art (New York). L’homme à la pipe de Paul Cézanne, une étude pour les joueurs de cartes, et Prunes, poires, noix et couteau, une nature morte de Georges Braque, sont deux des nombreux chocs de l’exposition. Le spectateur se délecte aussi des tableaux de Matisse dont Paul Rosenberg déterminait la cote en fixant le prix des œuvres au cm2. Il est dommageable que l’encombrement de l’espace par l’ajout de faux murs et de cimaises distraie le regard qui désire se concentrer sur les seuls tableaux. Une fois de plus, la Boverie masque la beauté de sa rénovation par une scénographie qui dicte sa loi.

L'interview d'Anne Sinclair, la petite fille de Paul Rosenberg

Quel a été votre regard de petite fille sur votre grand père et le destin de cet homme qui a croisé la Grande Histoire, avec cette lorgnette de l’art et de la culture ?

J’avais 11 ans quand il est mort, donc à ce moment-là j’avais un regard surtout affectif sur mon grand-père, c’était mon grand-père, et j’étais l’aînée de ses petites filles, et donc il me traitait comme une grande, et je trouvais ça formidable... Il m’a aussi appris, et ma mère derrière, à visiter une exposition, à visiter un musée, regarder une toile et comment il faut la décortiquer, en saisir l’essentiel et ne pas se gâcher les yeux autour... qu’est-ce qui vous émeut, qu’est-ce qui vous frappe dans un tableau.

Une véritable éducation du regard ?

Oui, pour beaucoup, mais ça je l’ai eu aussi après, par mes parents... mais c’est ensuite que j’ai mieux connu son histoire, et que dans la famille, je connaissais bien sûr à la fois son parcours, et que j’ai eu envie de l’écrire, que j’ai eu envie de rendre hommage à ce grand père qui n’avait peut-être pas eu l’hommage, parce que c’était un homme discret, l’hommage qu’il méritait.

Est-ce qu’il y a une œuvre qui raconte, au-delà de l’importance dans l’histoire de l’art, qui raconte vraiment d’une manière extrêmement intime votre grand père, son destin, ou peut-être la relation que vous, vous avez eu avec votre grand père ?

Il y a une œuvre qui est exposée ici et qui est au musée Picasso, et qui est le portrait de ma grand-mère, avec ma mère sur les genoux, ma mère a un an à l’époque...

Un peu rondelette ?

Oui, d’ailleurs, mon grand-père disait : on me demande si Micheline – qui est le nom de Maman – est cubiste, je dirais qu’elle est " rondiste " ! c’est le seul portrait de commande qu’ait jamais fait Picasso, et c’était un peu la façon dont il a scellé son amitié et son partenariat avec mon grand-père. Et donc, c’est un tableau qui veut dire énormément, il est aujourd’hui au musée Picasso, et je suis contente quand mes enfants et mes petits-enfants y vont.

Et votre portrait par Marie Laurencin ? vous aviez 4 ans... et des yeux toujours bleus, déjà...

Là c’est autre chose, oui, j’ai été amenée à 4 ans pour qu’on fasse mon portrait, je trouvais ça un peu ennuyeux, donc je lui ai dit : attention, j’ai les yeux bleus, ce qui tombait bien parce que Marie Laurencin est connue pour faire des yeux en amande noirs, et là elle m’a dit : t’en fais pas, je te fais les yeux bleus, et elle les a faits plus bleus qu’ils ne sont !

L'interview d'Anne Sinclair au micro de Pascal Goffaux

Plus d'infos sur le site officiel

21 rue La Boétie est le titre éponyme de l’ouvrage que la journaliste Anne Sinclair a consacré à Paul Rosenberg, son grand-père.