Une œuvre de Banksy sur un Parlement britannique peuplé de singes aux enchères

Le tableau avait à l'origine été exposé en 2009 au musée de la ville de Bristol (sud-ouest du Royaume-Uni), d'où Banksy est originaire.
Le tableau avait à l'origine été exposé en 2009 au musée de la ville de Bristol (sud-ouest du Royaume-Uni), d'où Banksy est originaire. - © Image Courtesy of Sotheby's

Une oeuvre du street artist Banksy, représentant un parlement britannique peuplé de primates, sera mise aux enchères la semaine prochaine à Londres, quelques jours seulement après des sessions particulièrement houleuses à la Chambre des communes, sur fond de Brexit. Cette peinture dystopique met en scène des chimpanzés assis sur les banquettes vertes de la Chambre des communes, ayant remplacé les hommes et femmes politiques. La valeur de cette toile, de 2,67 m par 4,46 m, est estimée entre 1,5 et 2 millions de livres sterling (entre 1,7 et 2,25 millions d'euros), selon la maison de ventes Sotheby's.

L'œuvre, présentée à la presse, vendredi dernier, est exposée depuis samedi, avant sa mise aux enchères jeudi prochain dans un contexte très particulier, à un mois de la date prévue du Brexit, le 31 octobre, et dans un pays toujours très divisé, plus de trois ans après le référendum de juin 2016. Cette semaine, la Chambre des communes a été le théâtre d'échanges particulièrement vifs entre le Premier ministre Boris Johnson et les députés de l'opposition, du jamais vu en 22 ans, selon le président de la chambre basse. "Il n'y a jamais eu de meilleur moment pour mettre en vente ce tableau", a déclaré Alex Branczik, le chef du département d'art contemporain Europe de Sotheby's, qualifiant de "feuilleton quotidien" les scènes de ces derniers mois et semaines au Parlement. Pour lui, l'œuvre de Banksy souligne "la régression de la plus ancienne démocratie parlementaire du monde dans une attitude tribale et animale".

"Devolved Parliament"

Le tableau avait à l'origine été exposé en 2009 au musée de la ville de Bristol (sud-ouest du Royaume-Uni), d'où Banksy est originaire. Mais cette année, l'artiste né en 1973, dont la véritable identité reste toujours un mystère, a "de nouveau exposé l'œuvre pour coïncider avec la date du Brexit, prévue initialement le 29 mars 2019, 10 ans après sa première exposition", a expliqué M. Branczik. "Je pense qu'il n'y a aucun doute quant à ses opinions politiques, mais le vrai génie de Banksy est sa capacité à réduire cet incroyable débat complexe à une seule, simple image", a observé l'expert de Sotheby's.

À cette occasion, le tableau, auparavant baptisé "Question Time" ("La séance des questions"), en référence à la séance hebdomadaire des questions au Premier ministre à Westminster, a été rebaptisé par dérision "Devolved Parliament" ("Parlement dévolu"). Ce titre fait référence à la dévolution des pouvoirs au Royaume-Uni, qui attribue des compétences du Parlement de Westminster — comme l'éducation, les transports ou la santé —, à des assemblées régionales (Écosse, Irlande du Nord et Pays de Galles). En remplaçant les députés par des primates, Banksy présente sa propre théorie de l'évolution parlementaire.

C'est aussi chez Sotheby's que Banksy avait fait parler de lui l'an dernier, lorsqu'une de ses toiles s'était partiellement autodétruite, juste après la conclusion de la vente. Et ce n'est pas la première fois que le célèbre street artist s'immisce dans le débat du Brexit. À Douvres (sud-est), il a réalisé une fresque représentant un homme en train de casser une étoile du drapeau européen à coups de burin, une œuvre que peuvent voir les milliers de chauffeurs routiers et de visiteurs qui entrent au Royaume-Uni chaque jour.