Une peinture majeure de Soulages aux enchères avant l'exposition au Louvre

Une œuvre magistrale de 1960 de Pierre Soulages, à la lumière intense et aux plans verticaux contrastés, est exposée à Paris en attendant sa vente mercredi, pour une valeur estimée entre 4 et 6 millions d’euros, à l’approche de l’exposition du Louvre à l’occasion de son centenaire. "Peinture, 200 x 162 cm, 14 mars 1960" illustre la technique de raclage initiée par l’artiste à la fin des années 50. Sur la toile enduite d’un apprêt blanc, de larges bandes de peinture noire recouvrent une partie de la surface. À l’aide de spatules à lame souple, Soulages découvre ensuite partiellement le fond, laissant apparaître la couche terre de Sienne sous-jacente, et offrant des luminosités inattendues.

Acquise par James Johnson Sweeney, conservateur au MoMA de New York de 1935 à 1946 puis directeur du Guggenheim de 1952 à 1960, à la Galerie de France à Paris, en 1960, elle est restée dans la famille Sweeney. La rencontre en 1948 entre Sweeney et Soulages marqua le départ d’une longue amitié et de la large reconnaissance dont bénéficia le peintre de "l’outrenoir" aux États-Unis, avant même celle dont il bénéficia en France. Un jour de 1960, Alfred Barr (historique directeur du MoMA à sa création en 1929) "faisait son petit tour à la Galerie de France et son choix se porta sur cette œuvre. La galeriste le prévint que malheureusement elle était déjà vendue… à Sweeney. Barr était tellement vexé d’avoir été devancé par son confrère, mais néanmoins concurrent, qu’il ne remettra plus les pieds à la Galerie de France", rapporte Julie Ralli, directrice du département d’art d’après-guerre et contemporain chez Tajan.

Cette œuvre, qui a été accrochée dans toutes les expositions majeures consacrées à Soulages, est mise pour la première fois sur le marché. Pierre Soulages fêtera ses cent ans le 24 décembre. L’exposition d’une vingtaine de ses œuvres, recouvrant toutes les étapes de sa carrière, s’ouvrira le 11 décembre au Salon Carré du Louvre : une marque de reconnaissance à un des artistes majeurs de la deuxième moitié du 20e siècle, qui aime encore peindre. Plus d'informations sur le site officiel du Louvres.

Cette vente organisée par Tajan est aussi la rencontre insolite de deux centenaires : "Woman and cosmetics" (1963/66), toile de la même période d’un autre artiste qui aura cent ans l’an prochain, le grand peintre américain Wayne Thiebaud, sera mise également aux enchères le même jour chez Tajan. Elle est estimée entre 2,5 et 3,5 millions d’euros.