Rétrospective Toulouse-Lautrec : la modernité derrière le folklore

Vingt-sept ans après sa dernière rétrospective en France, Toulouse-Lautrec (1864-1901) est célébré au Grand Palais (jusqu'au 27 janvier).
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Vingt-sept ans après sa dernière rétrospective en France, Toulouse-Lautrec (1864-1901) est célébré au Grand Palais (jusqu'au 27 janvier). - © FRANCOIS GUILLOT - AFP

Vingt-sept ans après sa dernière rétrospective en France, Toulouse-Lautrec (1864-1901) est célébré au Grand Palais à Paris, du 09 octobre au 27 janvier, avec l'exposition "Toulouse-Lautrec, résolument moderne". L'occasion de découvrir en quelque 200 œuvres la singularité d'un artiste trop souvent réduit à ses sujets : les cabarets, les maisons closes et le folklore montmartrois.

Aristocrate albigeois né en 1864, Henri de Toulouse-Lautrec souffre d'une infirmité qui l'empêche de grandir (il mesure 1,52 m). Cet handicap l'éloigne d'une vie conventionnelle, mais va lui permettre de vivre pleinement sa passion, la peinture, dans le Paris fin de siècle, nocturne et bien souvent interlope. De formation naturaliste dans l'atelier de Fernand Cormon à Montmartre, il s'en éloigne rapidement, choisissant de privilégier les intérieurs et lieux clos et de saisir les protagonistes de "la vie moderne", via des portraits, genre majeur dans son œuvre, laissant éclater son talent de dessinateur.

Installé à Montmartre, il découvre cabarets, théâtres et cafés, dont il célèbre les atmosphères et les vedettes comme La Goulue qui va figurer parmi ses modèles préférés, ainsi que Jane Avril et Yvette Guilbert, représentée dans des dessins au trait épuré mettant en valeur ses longs gants noirs. Anticonformiste, Toulouse-Lautrec va accepter de réaliser des affiches à la demande de cabarets et de cafés-concerts et devenir un des affichistes les plus célèbres de son temps, admiré ensuite par Picasso. Il en fera au total une trentaine et va les exposer "comme un tableau", y voyant "un substitut à la grande peinture". L'avantage, c'est qu'il est exposé dans la rue. Une vitrine qui sied à cet homme soucieux d'être en prise avec son époque et la grande culture visuelle (à la peinture notamment espagnole, s'ajoutent la photographie et le cinéma naissant).

Les scènes de la vie moderne

Parmi ses affiches les plus célèbres figure celle du Moulin Rouge avec la Goulue (1891), qui apparaît la jambe en l'air, dansant "le chahut". "Ce qui frappe le contemporain, c'est la force plastique de ces images, avec les aplats de couleurs (les globes de lumière jaune notamment) et les ombres chinoises" représentant le public, soulignent les commissaires de l'exposition. Via les affiches, l'artiste exprimera également son goût pour les scènes de la vie moderne, du vélo à l'automobile. Il créa ainsi en 1896 une affiche publicitaire pour la Chaîne Simpson, avec une scène de vélodrome.

Toulouse-Lautrec est certes le "peintre du bordel (qu'il fréquente assidûment et où il dit trouver des filles à sa taille)", mais "il n'est pas scabreux", souligne Stéphane Guégan, co-commissaire de l'exposition. Son ambition est de montrer cette microsociété féminine comme avec la suite "Elles" (1896), onze lithographies en couleur évoquant les prostituées aux différentes heures du jour, qui connaîtront un succès limité auprès d'un public habitué à des évocations plus érotiques. Dans ses tableaux comme le fameux "Au salon de la rue des Moulins" (1894), on voit des femmes souriantes, alanguies, parfois à l'allure souveraine, "un peu à la 'Olympia' de Manet", souligne le spécialiste. Si l'on devine une femme se déshabillant à droite du tableau (pour une visite médicale ?), la seule trace d'érotisme réside dans le carré de peau apparaissant entre les bas et la combinaison de la prostituée, au centre.

Les abus de ce noctambule vont finir par altérer la santé de Toulouse-Lautrec, qui sera interné à la demande de ses parents à Neuilly en 1899. Il en ressortira mais mourra deux ans plus tard de la syphilis et de l'alcool.

Pour plus d'informations, consultez le site de l'exposition "Toulouse-Lautrec, résolument moderne".