Philippe Vandenberg, dessinateur enragé. Evénement à Bozar

L’oeuvre de Philippe Vandenberg, décédé en 2009, a acquis ces dernières années une reconnaissance internationale avec des expositions solo à Paris, New-York, Hambourg, Séoul… et voici une première exposition institutionnelle à Bruxelles. Peintre, dessinateur et écrivain, voici un homme enragé et engagé. Enragé par les violences et les inégalités dans le monde, engagé dans son rôle de passeur, de témoin à charge selon ses propres termes. Bozar expose 250 dessins réalisés entre 2006 et 2009 dans son atelier de Molenbeek.

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Un Grand amour Suffit © ©EstatePhilippeVandenberg
Dessin - Philippe Vandenberg © ©EstatePhilippeVandenberg

Philippe Vandenberg est né en 1952 à Gand. Il se rêve écrivain et entame des études romanes avant de fréquenter l’Académie royale des beaux-arts de Gand. Créateur compulsif, il s’attache à mettre sur la toile et sur le papier – en couleurs et en mots - ses tourments personnels, ses angoisses, ses pulsions et ses réflexions sur l’état du monde. Un monde en feu. Le langage écrit – phrases, slogans- fait partie intégrante des oeuvres, apportant sarcasme et cynisme comme dans Kill them All ou agissant comme des mantras personnel (Il me faut tout oublier). Une urgence transpire à travers ces œuvres abruptes, jetées à la face du spectateur. En même temps, Vandenberg n’est pas dupe de la place et du rôle de l’artiste. Il relativise, fait vœu d’impuissance. Une lucidité impitoyable. Il écrira de nombreuses pages sur le sujet.

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Philippe Vandenberg dans son atelier en 2008 © ©Jean-Pierre Stoop
Vue de l'atelier rue Vanderstichelen à Molenbeek © ©Wouter-Cox
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Philippe Vandenberg © ©EstatePhilippeVandenberg

Philippe Vandenberg. Molenbeek

Molenbeek, le titre de cette exposition, renvoie aux dernières années de création de l’artiste. Lorsqu’en 2006, il aménage un atelier à Molenbeek, dans le quartier Ribaucourt. Vandenberg s’immerge dans cette commune multiculturelle où les tensions sont palpables, où les contrastes sautent aux yeux. Entre richesse et pauvreté, quartiers cossus et quartiers populaires, anciens et nouveaux belges, islam modéré et radical… C’est le Molenbeek d’avant les attentats de Paris et Bruxelles. Sur la scène internationale, le contexte est lui aussi tendu : la deuxième intifada palestinienne se termine en mai 2006, la guerre d’Irak aura fait 100.000 morts civils fin 2008, les chefs autoritaires comme Vladimir Poutine montent en puissance… Pour Philippe Vandenberg, Molenbeek est une métaphore des tensions à l’œuvre. Il se balade dans la commune, il observe et il dessine comme un enragé, à même le sol ou sur des cartons déjà usagés. Au pastel, au marqueur, au surligneur, au bic, au crayon… L’exposition réunit plus de 250 oeuvres sur papier (dessins et sculptures en papier) dont la plupart n’ont jamais été exposées.

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"Un homme ça dit rien ça peine à penser puis ça peinds un homme ça peine à peindre puis ça ne dis rien" - Philippe Vandenberg © ©EstatePhilippeVandenberg

Les enfants de l’artiste ont créé la Philippe Vandenberg Fondation pour faire rayonner son œuvre. Nous avons rencontré Hélène Vandenberg :

"Il disait de plus en plus je me vois comme un témoin à charge et pas comme un artiste, pour montrer ce qui se passe dans le monde. Pour donner un miroir aux gens, mais aussi comme une sorte de pamphlet contre la dictature, contre l’extrême droite, contre la pensée dans une seule direction. Il voyait Molenbeek comme une sorte de microcosme, et puis il y avait lui dans son atelier : il combine l’intérieur et l’extérieur pour créer le dessin de l’homme dans le monde."

On voit qu’il utilise tous les supports et tous les matériaux

"Pour lui ce n’est que des outils pour raconter l’histoire. Il utilise vraiment tout. Il peut faire une peinture avec du chocolat aussi. On voit qu’il fait des dessins sur des papiers qu’il utilisait en dessous de son téléphone sur son bureau. Il y a plein de numéros [mélangés] au dessin. L’important c’est le message. De ce point de vue, il est assez conceptuel, en fait."

Aujourd’hui son travail est reconnu internationalement, ça signifie que son message est plus d’actualité qu’il y a 20 ans ?

"C’est un peu l’histoire de mon père. Quand il a fait de grands tableaux en 1989 qui étaient très très politiques – maintenant on l’appelle la période Basquiat- ; en Belgique on ne comprenait pas. Ça a pris 10-15 ans avant qu’on aime ses tableaux. Son travail a une confrontation et une lucidité qui ont besoin de temps et de distance pour pouvoir être lus comme ils doivent l’être."

 

En pratique :

Philippe Vandenberg. Molenbeek

17 sept. 20 - 03 janv. 21

Bozar

Rue ravenstein, 23

1000 Bruxelles

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Dessin - Philippe Vandenberg © ©EstatePhilippeVandenberg
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« Kill the Dog ! » sont les mots criés contre Salman Rushdie lors des manifestations contre ses Versets sataniques en Iran. © ©EstatePhilippeVandenberg
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Les Chiottes - Philippe Vandenberg © ©EstatePhilippeVandenberg