Les artistes Pierre et Gilles dévoilent leur travail sur les portraits de stars

"La fabrique des idoles" à la Philharmonie de Paris, du 20 novembre au 23 février.
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"La fabrique des idoles" à la Philharmonie de Paris, du 20 novembre au 23 février. - © FRANCOIS GUILLOT - AFP

De la pochette d'album d'un débutant nommé Etienne Daho aux portraits de Stromae ou Clara Luciani, le duo Pierre et Gilles n'a cessé d'immortaliser les stars de la chanson dans des mises en scènes pop, souvent inspirées de l'imagerie religieuse. Ils dévoilent une partie de leur travail avec l'exposition "La fabrique des idoles", à la Philharmonie de Paris (ouverte jusqu'au 23 février 2020). "Le numéro un au hit-parade, c'est Jeanne d'Arc", s'amuse le tandem, expliquant avoir beaucoup de demandes d'artistes féminines rêvant d'endosser, devant leur objectif, le costume de la petite bergère de Domrémy. "Ou une Madone... Mais on ne peut pas toujours se répéter. Il faut à chaque fois trouver une nouvelle façon de s'exprimer".

C'est lors d'un voyage en Inde que Pierre et Gilles, couple à la ville comme à la scène, ont eu le déclic : éblouis devant des représentations colorées de saints, entourés de fleurs, ils décident de s'en inspirer pour nourrir leur travail, centré sur le portrait depuis 1976. Lio en Madone au cœur blessé, Nina Hagen en déesse indienne ou Stromae en figure christique... Les deux artistes, se définissant comme des "faiseurs d'images", font à chaque fois du sur-mesure : l'un (Pierre) photographie, l'autre (Gilles) peint. Artisans dans l'âme, ils réalisent tout dans leur atelier, de la prise de photos à la construction des décors.

"On aime rencontrer les artistes avant, pour discuter et, en général, ils nous font confiance. On construit sur mesure une image avec eux, ils interprètent un rôle qui leur correspond. On est très à l'écoute de leur personnalité", expliquent-ils d'une même voix. Ainsi, l'interprète de la "Grenade", "Clara Luciani, rêvait de faire une Madone. Elle nous l'a dit, donc ça s'imposait. Elle est venue à la maison avec un grand bouquet de fleurs, on est donc parti sur cette idée de Madone aux fleurs", souligne Gilles.

 

Quelques rencontres avortées

En quarante ans de carrière, ils ont essuyé peu de refus, à l'exception peut-être de la chanteuse des Rita Mitsouko, Catherine Ringer, rétive à incarner sainte Rita, et lui préférant... Jeanne d'Arc. Il y eut aussi des "rencontres qui ne se sont pas faites", comme Dalida, qui s'est donné la mort peu de temps avant la séance photo, ou Michael Jackson. "Il ne se rendait pas compte du travail que c'est de faire une image. Nous, on met un mois à faire une image et il en voulait 70 de lui (pour un projet de livre). Il aurait fallu plusieurs années de travail", se souvient le duo, sans nulle trace d'aigreur.

Car, au fil des ans, Pierre et Gilles ont tiré le portrait d'artistes dont ils sont fans, comme Sylvie Vartan, de dizaines de stars de la chanson (Madonna, Kylie Minogue, Boy George, etc.) et de leurs amis, comme la légende des nuits parisiennes, Marie France. Aujourd'hui, c'est grâce à Instagram qu'il sont contactés par une nouvelle partie de la scène musicale (Juliette Armanet, Clara Luciani, Eddy de Pretto, Pierre Lapointe, etc.). "C'est vrai qu'on est curieux de toutes les époques. La première chanteuse que nous avons photographiée, c'était Amanda Lear, elle nous a fait confiance, après Marie France, puis Etienne Daho", se souvient Gilles. "C'est une image qui nous a fait connaître, lui et nous".

La photo de Daho en question, devenue une image "iconique" des années 80 illustrait l'album "La notte, la notte" (1984) et montrait Daho, le teint iridescent, vêtu d'une marinière. "On est liés pour toujours maintenant", renchérit Pierre. Histoire d'établir le lien entre image et musique, l'exposition se visite, casque sur les oreilles, pour s'immerger dans la bande-son du duo, avec en bonus un titre spécialement composé par Sylvie Vartan, pour qui ils ont imaginé dans l'exposition une chambre de fans fictive.