Léonard de Vinci : un homme aux multiples facettes

Léonard de Vinci, portrait sculpté par Luigi Pampaloni, 1839, une statue qui se trouve dans la cour des Uffizi à Florence
Léonard de Vinci, portrait sculpté par Luigi Pampaloni, 1839, une statue qui se trouve dans la cour des Uffizi à Florence - © Zummolo / IStock.com

Qui était Léonard de Vinci (1452-1519), ce "génie universel"? L'exposition rétrospective du Louvre à Paris bat tous les records de succès, elle est encore ouverte jusqu'au 24 février.

Parmi les multiples facettes qui caractérisent le personnage : une curiosité insatiable pour décrypter le monde et une insatisfaction qui le contraint à remanier sans cesse pour être au plus près la réalité.

-Le bâtard-

Né hors mariage, bâtard, malheureux affectivement mais non matériellement (il est issu d'une lignée de notaires toscans), il va très tôt se passionner pour les sciences naturelles. Son goût pour la science est peut-être une façon de fuir une réalité douloureuse, a-t-on analysé.

Freud s'est intéressé à cette jeunesse dans son essai "Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci", dans lequel il tente de percer l'inconscient de l'artiste.

-Chez les puissants-

Très vite, quand il s'établit à Florence, il découvre l'atelier du réputé Verrocchio et fréquente les puissants.

Selon Louis Frank, un des commissaires de l'exposition, il était "un homme grand, fort, très beau, lucide et mélancolique", qui "aimait beaucoup parler de ce qu'il faisait. Sa démarche était très rationnelle et pas du tout ésotérique". Il s'habillait d'une façon qui le faisait remarquer.

En outre, n'ayant besoin de rien, matériellement assisté par les mécènes et les princes, "il avait fondamentalement le temps et il le prenait".

-Homosexualité-

Son homosexualité a beaucoup été commentée. Y compris à travers certains de ses portraits de femmes, assez androgynes. Il sera accusé à Florence de "sodomie" avec un prostitué. On a parlé d'une liaison avec son assistant Salai, et d'autres jeunes hommes. Mais rien n'est attesté. "En fait, on ne sait presque rien de sa vie privée. Il n'a pas laissé de documents, alors qu'il a écrit de très beaux textes", déclare, prudent, M. Frank.

- Spectacles grandioses-

Son vrai métier sera d'organiser des spectacles extraordinaires pour les princes et leur cour. "C'était son métier de distraire, de raconter des histoires, il était très amusant", dit le commissaire. Il y consacrait beaucoup de temps.

-Chercheur-

Il y a ensuite le chercheur né, passionné. Recherches en anatomie, botanique, mécanique, astronomie, architecture. Il veut comprendre l'intérieur des phénomènes. "Il avait un sentiment intense du passage des choses, de l'universelle destruction. Il estimait que les quatre éléments --terre, air, feu, eau-- désiraient revenir au chaos initial", souligne encore Pierre Frank.

- Inspiration mystique -

Les thèmes religieux du Salut --autour la Vierge, Sainte-Anne, Saint Jean-Baptiste, le Christ "Salvator Mundi", Saint Jérôme-- l'inspirent profondément. Croyant mais pas pieux. Dans sa Sainte-Anne, il met beaucoup d'humanité, d'humanisme: le Vierge doit-elle retenir son enfant ou le laisser partir vers son destin?

- Corps et machines -

Le corps humain, ses proportions, son harmonie ou sa disharmonie, le visage, ses expressions le fascinent. Ainsi son "Homme de Vitruve" exposé au Louvre définit les proportions du corps.

Ses découvertes scientifiques qu'il couche dans les multiples croquis de ses codex lui permettront d'imaginer des machines, seront des sources d'inspiration pour les savants. Parfois, ses machines sont purement utopiques. Il rêve sûrement de voler.

Au service du condottiere Borgia, il sera même un temps ingénieur militaire et concevra des plans de machines de guerre.

Surtout la botanique le fascine jusqu'à la fin de sa vie, près d'Amboise. Il se plait à l'étude de la lumière, du relief, des plantes, des animaux. Cela donne dans ses tableaux des fonds, des détails extrêmement bien étudiés, même si les personnages focalisent l'attention.

- Le peintre génial -

Toute cette connaissance d'une vie, il la verse dans sa recherche picturale des visages, des expressions, de la vibration qui émane des silhouettes (qu'il va rendre grâce à la technique du "sfumato"). Il laisse inachevé des parties entières pour faire ressortir l'essentiel.

"Plus il avance dans sa carrière, plus il se concentre sur l'expression lui-même ... Il supprime pour mettre en valeur les visages et l'expression des sentiments humains," souligne l'autre commissaire Vincent Delieuvin. Comme s'il ressentait avec l'âge la nécessité d'aller à l'essentiel.

Pour Léonard, "la peinture doit restituer la vérité de l'être humain, son anatomie, les passions de l'âme, mais aussi le monde", souligne-t-il.

Attention, l'exposition du Louvre n'est accessible que sur réservations, et selon les dernières consultations de la billetterie officielle, il faudra attendre le mois de décembre où apparaissent les premières dates disponibles.

Un documentaire sur le génie de Léonard de Vinci

Comment un seul et même homme a-t-il pu à la fois peindre La Joconde, concevoir le roulement à billes et donner la première description clinique de l'artério-sclérose...? Dans notre film, notre enquêteur biographe Serge Bramly répondra à ces questions et bien d'autres encore, en recueillant des indices grâce à ses recherches sur le terrain et ses rencontres avec les plus grands spécialistes de Léonard. En voyageant dans l'espace temps grâce à un musée imaginaire, il retracera le parcours de cet homme surdoué de la Renaissance, et tentera de nous donner à voir le génie implacable de Léonard.