Une rétrospective géante de l'œuvre de Léonard de Vinci s'ouvre au Louvre

La Joconde au Louvre
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La Joconde au Louvre - © ERIC FEFERBERG - AFP

Cinq cents ans après la mort de Léonard de Vinci, le musée du Louvre inaugure jeudi la plus grande exposition jamais mise sur pied autour de l'œuvre du génie de la Renaissance, qui s'annonce d'ores et déjà comme un succès populaire. 162 peintures, dessins, sanguines, manuscrits, sculptures, objets d'art ont été réunis à l'issue d'un travail titanesque de dix ans. Seulement onze des quelque vingt tableaux attribués au maître y figurent. Mais ils sont mis chacun magistralement en valeur par le reste des œuvres qui les environnent et contribuent à en expliquer la genèse. "Il n'a rien publié, très peu peint, ses tableaux sont restés inachevés... Pourtant les gens étaient fascinés. C'est à l'image de sa vie", résume Vincent Delieuvin, conservateur du département des peintures du musée parisien et un des deux commissaires.

Déjà plus de 180 000 tickets avec créneaux horaires ont été réservés. Après Toutankhamon à La Villette (1,42 million de visiteurs au total), l'expo Léonard s'annonce comme l'autre superproduction muséale de l'année en France. La Joconde, son œuvre la plus célèbre et l'icône du musée du Louvre, ne se trouve pas dans l'exposition mais pourra être vue dans la Salle des États, à quelques encablures. Casque sur la tête, le visiteur pourra aussi la contempler et lui sourire "en vrai" dans un petit film de réalité virtuelle qui la restaure dans sa luminosité première, sans la patine jaune du temps. Cette rétrospective est construite selon une scénographie ample, didactique : elle se veut un voyage dans la personnalité foisonnante de ce peintre italien protégé des princes, déjà célèbre, célébré et commenté en son temps. Un personnage qui continue à faire l'objet de beaucoup de légendes, de livres et de fantasmes.

L'exposition est riche en dessins remarquables, en documents et croquis passionnants, ainsi que en œuvres d'autres artistes de la Renaissance. Elles permettent de le resituer dans l'époque agitée où il circula entre Florence, Milan, Mantoue, Venise, Rome, avant d'arriver en France. Des réflectographies infrarouges à la taille des tableaux révèlent les différentes étapes de leur conception : Léonard retravaillait ses sujets parfois durant quinze ans, et les laissaient inachevés. Chaque peinture est une histoire, souvent riche en significations, en symboles, en non-dits, en hésitations. Chaque geste, chaque doigt signifie quelque chose. L'expression des sourires a de multiples sens. Ainsi, son "Saint Jean-Baptiste" : grâce au "sfumato" (procédé technique qui estompe les contours et les détails) le prophète, qui annonce la venue du Christ, "sort à la fois de l'obscurité et retourne au même moment dans l'ombre" une fois son message proclamé, souligne Vincent Delieuvin. Signification forte, "éblouissant techniquement ! ".

La science au service de la peinture

Très exigeant, Léonard mettait la science au service de la peinture, afin de donner de l'homme et de la nature la vision la plus précise et la plus approfondie possible. L'exposition, insiste-t-on au Louvre, veut montrer que la peinture était essentielle et non secondaire pour lui : elle représentait un aboutissement visuel de ses recherches scientifiques, et non le contraire. Savant génial mais aussi utopique, curieux de tout, il cherchait à s'expliquer ce qui constitue la vie, pour la restituer le plus exactement possible dans le dessin et la peinture. L'exposition n'approfondit pas la carrière de Savant de Léonard de Vinci. Ainsi, son lion mécanique, exposé à l'Institut culturel italien, n'a pas rejoint le Louvre.

Une bataille diplomatique entre Paris et Rome aura précédé l'événement. Le gouvernement populiste, dominé par la Ligue du Nord, renâclait à prêter des œuvres, en faisant valoir que Léonard, même s'il avait passé les trois dernières années de sa vie à Amboise, à l'invitation de François Ier, avait été avant tout un artiste italien. Des prêts importants sont finalement parvenus de plusieurs musées italiens, de collections anglaises – dont la Royal Collection –, du Musée de l'Ermitage, de la Pinacothèque vaticane, du Métropolitan Museum de New York, mais aussi de l'Institut de France. Certaines œuvres, comme "l'Annonciation des Offices", étaient intransportables. Ou tellement emblématiques d'un musée qu'elles ne pouvaient être prêtées, comme, à Cracovie, la "Dame à l'hermine".