Keith Haring, l'artiste pop activiste à découvrir à Bozar dès le 6 décembre

Keith Haring (1958-1990), "Ignorance = Fear", 1989. Cliquer en haut à droite pour voir les autres images.
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Keith Haring (1958-1990), "Ignorance = Fear", 1989. Cliquer en haut à droite pour voir les autres images. - © Keith Haring Foundation / Collection Noirmontartproduction, Paris

De Keith Haring, acteur influent de la culture underground de sa génération, on connaît généralement le style caractéristique, basé sur le retour de motifs comme des chiens qui aboient, des bébés rampants ou encore des soucoupes volantes aux formes synthétiques et minimalistes, qui se détachent sur des arrière-plans chargés de lignes et de points. Mais on oublie parfois que l’artiste pop art américain a également mis son art au service de certaines causes qui lui tenaient à cœur. Très engagé et influent, il a décliné les couleurs vives et les contours noirs dans des affiches, fresques murales et installations visant à dénoncer le racisme, l’homophobie ou encore l’armement nucléaire, dans le New York des années '80. C’est cette part de militantisme qui sera mise à l’honneur dès le 6 décembre à Bozar, dans une rétrospective inédite organisée à l’occasion des 30 ans de la mort du jeune prodige, décédé précocement en 1990 des suites du sida.

Les affiches que Keith Haring a réalisées pour promouvoir l’usage du préservatif, alors que le virus du VIH faisait des ravages parmi les jeunes homosexuels, le prouvent. C’est également le cas de celles qui dénoncent l’apartheid en Afrique du Sud. Dans les années '80, la Grosse Pomme était en effet gangrenée, entre autres par le racisme, les injustices sociales et les problèmes de logements. Par ailleurs, Keith Haring, lui-même issu d’une famille conservatrice, était ouvertement gay. Autant de sujets abordés par l’icône pop "qui sont toujours d’actualité", pointe Alberta Sessa, coordinatrice de projets à Bozar. "Cet activisme parle à la jeune génération".

Réconcilier beaux-arts et culture pop

Ami et collaborateur d’Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat qui, comme lui, désiraient réconcilier les beaux-arts et la culture populaire, l’ambition de Haring était de produire un art public, visant le plus large public possible. "Son travail, révélateur de son époque, s’exposait tant sur les murs de New York que dans les galeries. Il comblait ainsi le fossé entre la rue et le milieu de l’art", souligne le commissaire de l’exposition, Darren Pih.

L’institution culturelle propose aux visiteurs de découvrir, au fil des salles d’exposition, plus de 85 dessins, peintures, vidéos, collages, fresques murales et documents d’archives, notamment au cours de visites guidées non conventionnelles. Rachael Agnes Moore, coordinatrice noire et bisexuelle de la RainbowHouse à Bruxelles, le graffeur bruxellois Dema ou encore la journaliste indépendante et fondatrice du Café Congo Gia Abrassart livreront ainsi leur lecture de l’œuvre de Keith Haring. "Le système artistique a toujours été ethnocentrique et élitiste. En tant qu’institution publique, il est important de pouvoir offrir un autre regard sur l’art", commente Alberta Sessa. "Organiser cette rétrospective en Belgique était par ailleurs important, car c’est un endroit où Keith Haring se sentait bien, en paix", ajoute Tamar Hemmes, commissaire adjointe du Tate Liverpool, qui rappelle les nombreux séjours de l’artiste américain au Plat Pays, dès 1983.

La rétrospective, ponctuée de nombreux événements, se tiendra à Bozar du 6 décembre 2019 au 19 avril 2020. Elle mettra ensuite le cap sur la ville allemande d’Essen pour poser ses valises colorées au musée Folkwang.