Jacqueline de Jong, une femme libre et une oeuvre puissante

Née au Pays-Bas en 39, Jacqueline de Jong est l’une des figures-clés de l’avant-garde européenne d’après-guerre. Le Wiels propose la première rétrospective en Belgique de cette artiste éclairante, exubérante, libre et engagée.

Peintre, sculptrice et graphiste, Jacqueline de Jong est née à Hengelo aux Pays-Bas en 39, dans une famille juive qui devra fuir son pays face au nazisme. Après des cours d’art dramatique à Londres et Paris, elle rejoint à la fin des année 50 le Stedelijck Museum d’Amsterdam. C’est en 1961, à Paris, après des cours de gravure, que son propre chemin artistique se dessine.

Jacqueline de Jong est l’une des figures-clés de l’avant-garde européenne d’après-guerre, impliquée dans les mouvements de contestation comme l’Internationale situationniste et le groupe artistique allemand SPUR, qui s’opposaient au consumérisme ambiant, à la société de classes et prônait en art, le dépassement des formes traditionnelles. Elle conçoit six numéros de la revue " The Situationist Times " dont un atlas consacré aux nœuds, aux labyrinthes et aux anneaux. Portée par des idéaux révolutionnaires, elle soutient les révoltes estudiantines de mai 68 en gravant des affiches.

Lire aussi : Le reportage de Pascal Goffaux

C’est le Wiels qui propose en ce moment la première rétrospective en Belgique de cette artiste éclairante, exubérante, libre et sans concessions. "The Ultimate Kiss", spectaculaire expo, est une immersion dans son travail foisonnant, éclatant de couleurs, débridé et carnavalesque. On y traverse toutes les périodes de sa création pour finir en apothéose avec l’œuvre maîtresse, cette grande voile suspendue, peinte des deux côtés, qui aligne les figures monstrueuses et hybrides.

Plus d'infos sur le site du Wiels

11 images
Qu'il a mauvaise mine © Pascale Navez
Playboy 1 © Pascale Navez
Playboy 2 (Mangeur de voitures) © Pascale Navez

Tout le travail de l’artiste frôle le burlesque, influencé par le mouvement CoBrA et son fondateur danois, Asger Jorn, qui fut son compagnon durant dix ans. Au fil du temps et de ses expériences nouvelles, son œuvre devient plus pop, comme en témoigne la série des cosmonautes, ou mélange des faits d’actualité dans des scènes cinématographiques. On y voit le philosophe Althusser étrangler la femme de Kandinsky ou un inspecteur en imper photographier une scène de meurtre.

11 images
Prof. Althusser étranglant Nina K © Pascale Navez
Série noire © Pascale Navez
The Private Life of Cosmonauts © Pascale Navez

Naviguant entre les styles, variant les supports, Jacqueline de Jong dévie sans cesse de sa trajectoire pour créer des séries ne ressemblant en rien aux précédentes. On pense à celle, décadrée et épurée, sur le billard et aux valises peintes de ses " Chroniques d’Amsterdam ", qui constituent une sorte de journal de bord où se mélangent le texte et l’image. L’artiste s'intéresse au quotidien, avec des récits liés à la vie de tous les jours et aux faits brûlants de l’actualité dans le monde.

11 images
Chroniques d'Amsterdam © Pascale Navez

"The Ultimate Kiss" est une expo étonnante qui dévoile tout l’univers d’une artiste sans tabous dont l’œuvre puissante témoigne d’une grande liberté, y compris sexuelle et érotique. En 60 ans de carrière, Jacqueline de Jong est pourtant peu connue. Elle a beaucoup exposé, mais peu dans les grandes villes. Elle revendique cette position d’outsider, ne souhaitant pas se laisser enfermer dans un genre. A 82 ans, elle continue à peindre des grands formats. Et quand elle ne peint pas, elle cultive les pommes de terre dans sa maison du Bourbonnais, les transformant en bijoux, après les avoir desséchées et trempées dans l’or.

"The Ultimate Kiss" est à voir au Wiels jusqu’au 15 août.