Il "soigne" les bâtiments avec des briques Lego

Action Dispatch Work à Madrid en 2011
Action Dispatch Work à Madrid en 2011 - © DANI POZO - AFP

Depuis 2007, Jan Vormann, artiste franco-allemand, s’amuse avec les petites briques de notre enfance. Il est l’origine d’une démarche artistique qui “soigne” les blessures du temps des monuments, des bâtiments et du mobilier urbain à l’aide de Lego. Ces cicatrices colorées fleurissent un peu partout dans le monde.

A la place d’un pavé manquant à Anvers ou d’une jointure usée d’un mur parisien, sur une rambarde en ruine au Cap, sur la façade effritée d’un bureau new-yorkais ou dans les fissures d’un escalier à Taiwan. Le projet, qui se nomme Dispatchwork, se propage sur toute la planète. Jan Vormann n’a pas réalisé tous ces pansements de plastique lui-même, il a encouragé les gens à le faire. Dans un premier temps, c’est surtout à Berlin qu’il s’est exercé, dans une ville criblée par les impacts de balles et les trous d’obus. Son souhait était de mettre un peu de joie et de couleur dans cette ville grise et usée par le temps. Un sac de Lego dans la valise, il a fini par parcourir des milliers de kilomètres pour répandre sa pratique dans d’autres contrées, et contaminer d’autres adeptes. Voyant sa démarche de plus en plus copiée et partagée, il décide de créer une carte interactive où tout le monde peut ajouter les photos de sa propre réalisation de briques colorées. Des centaines de street-artistes en herbe ont ainsi éclos à travers le monde.

 

Vormann a compris que son action était devenue autant sociale qu’artistique. Ecoles, associations de quartier, ou simples groupes citoyens se sont rassemblés autour de ces projets d’embellissement de leur ville.

 

Dernièrement, l’artiste a opéré à Rouen, sur les trous béants de la façade du palais de Justice, martyrisé par la Seconde Guerre mondiale. La démarche, réalisée dans le cadre du festival Rouen Impressionnée, a fait parler d’elle. Des voix se sont élevées pour refuser que l’on touche à ces trous d’obus, partie intégrante de la mémoire des horreurs de la guerre. Les masquer ou les habiller d’un tel coloriage enfantin a été vu comme une insulte à ce passé difficile. Mais dans une interview pour France Télévision, Vormann dit avoir une toute autre démarche.

 

Il y a des gens qui passent ici tous les jours et qui ne voient même plus les trous. Il y a vraiment une mission un peu pédagogique pour créer ensuite un débat.

Des Lego pour mettre une autre lumière sur l’histoire des bâtiments qui nous entourent, mais aussi pour faire participer la population. Car les briquettes ne proviennent pas de l’artiste, mais bien des habitants et habitantes des quatre coins de Rouen qui ont été invités à faire don de leur vieux jeu de construction. Alors qu’ailleurs, la plupart de ces chirurgies plastiques sont collées à jamais, à Rouen, elles sont éphémères. Le palais de Justice a vite retrouvé sa pierre grisâtre, mais Jan Vormann continuera d’apporter des notes de couleur à la toile urbaine de nos villes endommagées.

L'artiste explique sa démarche dans ce numéro de Gymnastique sur Arte