Galerie de saisissants portraits de Sugimoto exposés à Versailles

Le portrait de Louis XIV par Hiroshi Sugimoto, au "Petit Trianon" du château de Versailles
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Le portrait de Louis XIV par Hiroshi Sugimoto, au "Petit Trianon" du château de Versailles - © ALAIN JOCARD - AFP

L'empereur du Japon et la reine Victoria, Napoléon et Fidel Castro... Le château de Versailles accueille pour son exposition annuelle d'art contemporain le sculpteur et photographe Hiroshi Sugimoto qui saisit en noir et blanc des portraits de certains des augustes visiteurs du lieu.

En cette année des "Japonismes" qui s'achève, l'exposition Sugimoto sera ouverte au public mardi et se prolongera jusqu'au 17 février.

"Une atmosphère plus intime", par rapport aux précédentes éditions plus spectaculaires et en extérieur, accompagne cette exposition: d'où le choix de Trianon, où la reine Marie-Antoinette aimait se replier loin de la cour, où les souverains se retrouvaient en famille, explique Alfred Pacquement, un des deux commissaires.

D'extraordinaires photographies en noir en blanc, de grand format, s'imposent dès le premier instant dans les salons et boudoirs exigus du Petit Trianon. Et particulièrement celle, magnifique, réalisée à partir d'un masque de cire du roi Soleil, réalisé dix ans avant sa mort par le sculpteur Antoine Benoist.

"Il nous semble voir la pulpe de sa chair et l'éclat de sa prunelle", relève, admiratif, l'autre commissaire de l'exposition, Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo, qui parle d'une véritable "photographie de Louis XIV", et de "l'empreinte lumineuse d'une empreinte".

Sugimoto est inspiré depuis vingt-cinq ans par les masques de la collection Madame Tussaud à Londres.

La galerie de portraits, aux forts contrastes, montre les visages les plus divers de personnages illustres qui ont pour la plupart visité Versailles: Voltaire malicieux, Napoléon mélancolique, Charles 1er d'Angleterre extravagant, Benjamin Franklin décidé, Victoria solennelle, Salvator Dali un oiseau sur l'épaule, Fidel Castro massif, l'empereur Hirohito, la princesse Diana, la reine Elisabeth II...

Et bien sûr l'hôtesse des lieux, Marie-Antoinette, debout, immobile, figée près d'un miroir.

Jusqu'à Sofia Coppola

"Il n'y a pas de jugement historique dans les œuvres photographiques de Sugimoto. On y perçoit un doute sur la singularité de l'humain. On a l'impression d'un emboîtage d'une identité dans une autre identité" chez ces personnages éminents, note M. de Loisy.

Ces œuvres sont présentées au Petit Trianon, au Belvédère, au Théâtre de la Reine, au Pavillon Français.

Au Belvédère, la sculpture effilée et métallique "Surface of revolution" (qui est aussi le titre de l'exposition) s'inscrit parfaitement dans l'espace lumineux de cet espace, dialoguant avec les dessins de torchères qui ont les mêmes formes élégantes sur les murs.

Dans le Théâtre de la reine, sur un écran, est projeté "Marie-Antoinette", le film de Sofia Coppola de 2006. Sugimoto photographie le théâtre et l'écran pendant toute la durée du film.

L'exposition est aussi l'occasion de découvrir ou de redécouvrir ce petit théâtre d'un raffinement sans égal, avec son décor néogothique qui a été rajouté au XIXe siècle sous le roi Louis-Philippe, qui fait d'ailleurs l'objet d'une autre exposition à Versailles.

La seule oeuvre en extérieur est "The Glass Tea House Mondrian", un élégant salon de thé transparent, en bois et verre, d'inspiration japonaise du XVIe installé sur le Bassin du Plat-Fond.

Les 10 premières expositions d'art contemporain s'étaient déroulées à Versailles, pour renouer avec la tradition de foyers de création contemporaine que le château et ses jardins avaient été au XVIIe et XVIIIe siècles.

Chaque année, un artiste contemporain de renommée internationale a été invité à produire des œuvres, à la fois dans le Château et les jardins. Se sont succédé Jeff Koons en 2008, Xavier Veilhan en 2009, Takashi Murakami en 2010, Bernar Venet en 2011, Joana Vasconcelos en 2012, Giuseppe Penone en 2013, Lee Ufan en 2014, Anish Kapoor en 2015 et Olafur Eliasson en 2016. En 2017, la formule avait changé: un voyage à travers les oeuvres de 17 artistes dans le parc.