Fernand Léger, La vie moderne

Le pont du remorqueur - Fernand Léger à Bozar - vue de l'exposition
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Le pont du remorqueur - Fernand Léger à Bozar - vue de l'exposition - © RTBF Pascal Goffaux 2018

Fernand Léger (1881-1955) est le fils d’un éleveur de bœufs normand. Débarquant de sa province à l’âge de dix-neuf ans, il s’immerge dans le Paris de 1900. L’apprenti architecte venu poursuivre sa formation dans la capitale abandonne le projet. Son avenir se dessine sur d’autres plans. Fernand Léger va construire une œuvre de peintre. En 1907, il visite la rétrospective consacrée à Cézanne et il découvre parallèlement le cubisme de Braque et de Picasso. Le tubisme est un terme qui convient mieux aux structures de tuyaux et d’engrenages qui composent l’image. Léger n’emprunte pas les thèmes intimistes de Braque et de Picasso. Il ne donne pas non plus dans la monochromie. Ses couleurs éclatantes imposent une palette reconnaissable. Fasciné par la mécanique et le mouvement, il traduit le bouillonnement de la vie moderne et l’activité frénétique de la grande ville, par le contraste des formes et des couleurs. Il crée une vision morcelée par l’éclatement des formes et par le rejet de la perspective et il induit dans la lecture du tableau le rythme syncopé du métro aérien. La typographie de l’affiche publicitaire et les pictogrammes de la signalétique urbaine rythment l’image.

Le Centre Pompidou-Metz qui a conçu et organisé cette belle rétrospective en partenariat avec Bozar propose aux cimaises du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles une centaine d’œuvres qui illustre la multidisciplinarité de Fernand Léger qui contribue à des domaines aussi variés que le livre illustré (La fin du monde filmée par l’Ange N.D., Blaise Cendrars, 1919), le rideau de scène (La Création du monde des Ballets suédois, 1923), le décor de cinéma (L’Inhumaine de Marcel L’Herbier, 1924), le cinéma expérimental (Ballet mécanique, 1923-24), la peinture murale ( l’ambassade française de l’architecte Robert Mallet-Stevens, Exposition internationale de 1925), la peinture monumentale (Le Transport des forces, Palais de la Découverte, 1937) et le vitrail (Eglise du Sacré-Cœur d’Audincourt dans le Doubs, 1950). 

La guerre de 14-18 le confronte à la réalité des tranchées pendant trois ans. Verdun, écrit-il, est l’académie du cubisme. La fragmentation du paysage et le démembrement des corps sensibilisent le regard du peintre. Il choisit par contre l’exil aux Etats-Unis lors du second conflit mondial. De retour en France en 1945, il adhère au Parti Communiste. Il développe des sujets liés à la vie des classes populaires. La partie de campagne et Les constructeurs rappellent les avancées sociales et la conception du travail dans la société communiste. Fernand Léger s’oppose aux diktats du réalisme socialiste que défend Louis Aragon. Il n’hésite pas à se tourner vers l’art sacré. A la même époque, il réalise des vitraux pour le Sacré-Cœur d’Audincourt dans le Doubs. Léger, le paysan de l’avant-garde, apparaît comme une figure isolée dans l’histoire de la peinture. Traversant les mouvements du cubisme et du futurisme, de la figuration et de l’abstraction, il illustre parfaitement une forme de mobilité à l’image parfaite d’un siècle de fracas et de syncopes.

Jean-Marie Gallais, responsable de la programmation au Centre Pompidou de Metz, est au micro de Pascal Goffaux