Des dessins inédits de Félicien Rops, souvenirs d'un voyage imaginaire, découverts dans un fonds d'archives

Trois dessins attribués à Félicien Rops ont été retrouvés dans les archives de l’un de ses amis féru d’égyptologie. Ils sont les traces d’un étonnant voyage en Scandinavie, réalisé par les deux hommes.

En réalisant l’inventaire d’archives liées à l’égyptologie des Musées royaux d’Art et d’Histoire (MRAH), Joffrey Liénart, chercheur pour le projet Pyramids and Progress, a fait l’étonnante découverte.

Ce projet académique réunit plusieurs universités et musées belges et étudie l’histoire de l’égyptologie en Belgique. C’est dans ce cadre qu’une vaste opération d’inventoriage des archives du Musée Art et Histoire, qui abrite une importante collection d’objets et d’œuvres d’Egypte antique, est en cours. Et c’est en épluchant ces fonds, dans le but de leur numérisation partielle, que le chercheur est tombé sur les dessins tracés dans des carnets de voyage.


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Les archives en question sont celles d’un collectionneur belge, Gustave Hagemans (1830-1908), député libéral, riche homme d’affaires et ami de Rops. Passionné d’égyptologie, l’homme a amassé une impressionnante collection d’objets divers, dans un "cabinet de curiosités" qu’il vend en 1861 à l’Etat belge. Les 1500 pièces sont données au musée de la Porte de Hal, ancêtre des Musées Royaux d’Art et d’Histoire. Parmi elles, 87 lots d’antiquités égyptiennes qui seront les toutes premières de la section Egypte du musée.

Rops en Scandinavie

En 2004, les MRAH achètent les archives de Gustave Hagemans, jusque-là restées dans la famille. On y découvre notamment son goût pour les voyages luxueux. C’est l’un d’eux qui retient l’attention. En août 1876, Hagemans part avec ses deux fils et Félicien Rops, avec qui il fréquente les milieux maçonniques, à Stockholm pour assister au Congrès international d’Anthropologie et d’Archéologie préhistorique.

Les historiens et historiennes ne connaissent pas grand-chose de ce voyage. On sait que Rops était censé écrire une chronique, pour le journal L’Indépendance belge, à propos du périple. On sait également que les hommes désiraient aller en Dalécarlie, une région au nord-ouest d’Oslo, et visiter le Cap Nord et la Laponie. Ce qu’ils ne feront jamais.

Par manque de temps, les voyageurs vont devoir se restreindre à la Dalécarlie et… imaginer le reste !

Précise Joffrey Liénart. D’autres œuvres font référence à ce voyage scandinave, également souvent évoqué dans la correspondance de l’artiste et y étant parfois fantasmé. Rops écrira à l’un de ses amis qu’il a mangé du renne avec les Lapons et bu de l’alcool avec "les Esquimaux", deux épisodes du voyage totalement inventés.

Un carnet récemment retrouvé de Gustave Hagemans permet de fixer l’itinéraire de manière plus précise et décrédibiliser les fantasmes de Rops

C’est précisément dans un des carnets d’Hagemans que les dessins ont été retrouvés. Un des trois est annoté comme étant de la main de Rops, sans être signé par le maître. Il s’agit d’un Lapon à la mine renfrognée, peut-être un témoignage de la frustration de l’artiste de ne pas avoir pu atteindre la Laponie. Les deux autres croquis n’ont pas d’indications, mais pourraient être attribués à l’artiste, selon le musée Félicien Rops de Namur. L’un d’eux ressemble d’ailleurs beaucoup à La petite peleuse de pommes de terre, autre dessin bien connu du peintre. Mais il faudra sans doute une expertise plus approfondie pour les attribuer formellement.

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Le croquis représentant un Lapon renfrogné © Musées royaux d’Art et d’Histoire, Fonds Gustave Hagemans, BE/380469/5/50
Le croquis d'une femme, ressemblant à la "Petite peleuse de pommes de terre" © Musées royaux d’Art et d’Histoire, Fonds Gustave Hagemans, BE/380469/5/50
Le troisième dessin attribué à Rops © Musées royaux d’Art et d’Histoire, Fonds Gustave Hagemans, BE/380469/5/50

Quoi qu’il en soit, les recherches du projet Pyramids & Progress vont peut-être permettre de faire d’autres précieuses découvertes. "En tant qu’archiviste, on tombe souvent sur des documents intéressants, dramatiques ou comiques et, de temps à autre, sur des archives exceptionnelles. Avoir entre les mains un carnet dans lequel a dessiné Félicien Rops, une de nos gloires nationales, pimente clairement notre quotidien !" précise l'archiviste.

Notre passionnante profession est un métier de l’ombre, souvent méjugé et qui est pourtant à la base des petites, comme des grandes découvertes en Histoire