À la découverte de Kiki Smith, une artiste féministe

L'exposition "Kiki Smith" est ouverte jusqu'au 9 février 2020 à La Monnaie de Paris.
8 images
L'exposition "Kiki Smith" est ouverte jusqu'au 9 février 2020 à La Monnaie de Paris. - © XAVIER BERTRAL - BELGAIMAGE

Une statue de femme devant un loup terrassé, une crucifixion avec un corps renversé. Pour la première fois, une exposition en France se penche sur le travail de l'artiste américaine Kiki Smith qui met le corps féminin au centre de son œuvre souvent provocante. Après le détonant Grayson Perry et ses interrogations sur le genre, La Monnaie de Paris donne un coup de projecteur à cette artiste très peu connue en France, ayant recours à des techniques variées, de la sculpture au dessin, de la tapisserie à la peinture sur verre.

Si l'artiste, qui vit près de New York, n'utilise pas l'étiquette "féministe" personnellement, "son travail est comme une défense de la femme et une dénonciation de la condition féminine", en particulier au début de sa carrière, souligne Lucia Pesapane, commissaire de l'exposition. Son exploration du féminin se fait notamment par l'évocation des grandes figures historiques, bibliques ou tirées de contes de fées. La Vierge Marie, Marie Madeleine, Alice du pays des Merveilles, le petit Chaperon rouge et Sainte Geneviève, patronne de Paris, souvent représentée en bergère, font partie de ses figures de prédilection. Mais il s'agit à chaque fois de figures qu'elle revisite ou détourne, comme le montre l'exposition.

Le corps en morceaux

Souvent provocantes, ses œuvres ont pour matière première le corps. Dans les années 80, en pleine épidémie du sida, cette passionnée d'anatomie montre le corps en morceaux et sculpte des bouts d'oreilles, des langues, reproduit des estomacs en verre. Puis viendra le temps des sculptures aux bras ouverts comme cette Vierge anatomique, de chair et d'os, entourée de vers de terre semblant rappeler l'imminence de la mort ou Marie Madeleine, recouverte de poils et de cheveux, que l'on peut voir dans la cour du musée.

Dans le parcours de Kiki Smith, issue elle-même d'un milieu d'artistes, "la rage a laissé la place" à quelque chose d'autre ces dernières années, souligne Lucia Pesapane. Devenue sexagénaire, l'artiste montre de l'intérêt pour des œuvres plus décoratives et plus apaisées, comme en témoignent ses grandes tapisseries ou ses dessins. L'occasion pour l'artiste d'exprimer sa passion pour le Moyen-âge, auquel elle emprunte parfois le bestiaire (loups, agneaux, etc.) et de réfléchir au divin, ce qui se traduit notamment par des œuvres parsemées d'étoiles.

L'exposition "Kiki Smith" est ouverte jusqu'au 9 février 2020 à La Monnaie de Paris. Les billets peuvent être achetés sur le site du Musée.