À Cannes, tapis rouge pour le duo pop Pierre et Gilles

Le centre d’art La Malmaison de Cannes réunit, jusqu’au 26 avril, une quarantaine de toiles iconiques du duo parisien Pierre et Gilles, représentant des stars du cinéma. Une exposition riche d’une installation inédite qui plonge dans l’intimité de leur studio. "Ce qui fait le caractère exceptionnel de l’exposition, c’est qu’ils nous ont laissé pour la première fois reconstituer leur studio. On comprend mieux ce qu’ils font et la manière dont ils construisent leurs décors", explique le commissaire à l’exposition, Numa Hambursin, directeur du Pôle art moderne et contemporain de la ville de Cannes.

À la manière d’un magicien qui dévoilerait les trucs utilisés pour faire ses tours, Pierre et Gilles ont ainsi accepté de prêter les éléments du décor qui leur ont permis de composer l’une de leurs dernières œuvres, "Le vendeur de tours Eiffel", qui met en scène la figure familière d’un jeune vendeur ambulant de souvenirs des rues de Paris. Placée sur des tréteaux, une maquette de la capitale compose le premier plan : arbres en plastique, petites voitures et faux immeubles gris. Une tour Eiffel dorée, baignant dans la lumière d’un spot, est ensuite juchée en équilibre, devant des panneaux qui recréent le velouté et la profondeur d’un ciel parisien. Pour les nuages, les artistes utilisent du coton accroché à des cadres tendus de tulle. L’effet est saisissant : l’œuvre est visible, à la fois sur le mur où elle est accrochée et dans l’appareil photo posé devant l’installation.

Un ensemble gai et baroque

L’ensemble des œuvres présentées depuis jeudi, pour certaines très connues, comme l’actrice Arielle Dombasle dans les fraisiers, est gai et baroque : les femmes sont pulpeuses, les hommes musclés et l’inspiration celle de l’imagerie pieuse populaire. "Ils n’aiment pas qu’on dise que c’est kitsch, mais c’est vrai qu’on est dans un univers à paillettes, acidulé", souligne M. Hambursin.

Pour chaque œuvre, Pierre photographie et Gilles peint avec la minutie d’un enlumineur biblique du Moyen Âge, rappelle-t-il. "Ils sont dans un aller-retour entre culture savante et culture populaire, leur idée est de réenchanter le réel, d’où leur lien fort avec le cinéma". La confrontation physique avec les toiles permet aussi de découvrir l’extraordinaire travail des artistes sur les cadres, béton peint, perles, tous les matériaux sont bons et ajoutent à la féerie. À l’heure du numérique, les artistes, qui se sont rencontrés en 1976 et ont émergé dans les années 80, continuent de ne rien ajouter à l’ordinateur.

"Pierre et Gilles. Le goût du cinéma", du 12 décembre au 26 avril au centre d’art La Malmaison de Cannes. Jusqu’au 23 février, Pierre et Gilles ont aussi une exposition à la Philharmonie de Paris : "la fabrique des idoles".