Zénobie, la reine de Palmyre qui a fait osciller l'Empire romain

Parmi ces personnalités absentes des manuels d’histoire, (re)découvrez aujourd’hui Zénobie, la reine de Palmyre qui a voulu défier l’autorité de Rome.

Souvent présentée comme l’héritière de Cléopâtre, Septimia Bathzabbai Zénobie de son vrai nom, s’est avancée sur une scène politique encore dominée par les hommes.

Si plusieurs doutes persistent encore sur sa vie, on sait que Zénobie était l’épouse d’Odénat, un arabe “romanisé” à la tête de Palmyre, province romaine en actuelle Syrie. À sa mort, leur fils Wahballat était encore trop jeune pour reprendre le pouvoir. C’est ainsi que, en l’an 267 de notre ère, Zénobie est proclamée reine régente du territoire.

Aujourd’hui, elle raconte.

(Ceci est un récit posthume qui ne constitue pas les dires de Zénobie)

Palmyre, des courbettes à l’égale de Rome

Dans l’actuelle Syrie, à cheval sur l’Égypte et la Turquie, Palmyre s’impose au IIIe siècle comme terre de bouillonnement intellectuel et culturel. À la croisée de l’Empire romain et des grands empires d’Asie, la ville antique jouit d’une importante prospérité économique grâce à sa proximité avec la Route de la Soie et celle des épices.

Mon arrivée au pouvoir marque le début d’une quête d’indépendance qui allait faire trembler Rome. Envers et contre tout, mon règne devait faire de Palmyre un empire à lui seul, indépendant et conquérant.

Un autre empire à conquérir

En ce milieu du IIIe siècle, l’Empire romain vacille face aux attaques gauloises et après la capture de l’empereur Valérien par les Perses. Ajouté à cela, une crise politique et économique qui fragilise toujours plus ses frontières.

Quel meilleur moment pour conquérir un empire que quand celui-ci est à genoux ? Qui d’autre que mon fils Wahballat pour incarner le "Nouveau César" ?

L’an 270 est un véritable âge d’or pour "la perle du désert". Désormais, mes troupes contrôlent l’Égypte, la Syrie, la Phénicie jusqu’à l’actuelle Ankara et progressent en Asie mineure. Face à une Rome ébranlée, Palmyre devient un centre de pouvoir et d’intelligence de renom.

La toute-puissance au visage féminin qui dérange

Contre toute attente, l’arrivée de Lucius Domitius Aurelianus sur le trône retentit comme le retour de la mainmise romaine sur nos terres. Militaire à la férocité légendaire, Aurélien a déjà prouvé sa fidélité au trône face aux Goths et aux Barbares. Les provinces rebelles telles que la Gaule, la Grande-Bretagne ou encore l’Hispanie ploient à nouveau le genou.

Il me faut donc défendre ce qui avait été conquis. Mais, à mon plus grand désarroi, mes 70.000 hommes sont arrêtés à Antioche, en 272, et le peu de survivants est poursuivi jusque Palmyre.

Il veut me voir tomber, lui qui ne peut imaginer être vaincu par une femme. Comme ni mes archers ni ma cavalerie ne pouvaient arrêter ses soldats, je n’ai d’autres choix que de lui adresse ce message :

"De Zénobie, Reine de l’Est, à Aurélien Auguste… Vous exigez ma reddition comme si vous ignoriez que Cléopâtre préférait mourir reine plutôt que de rester en vie, quel que fut son rang."

Extrait de l’Histoire Auguste*


Après la chute de Palmyre et sa leadeuse, les versions divergent quant au destin de Zénobie : certains évoquent le suicide, d’autres la décapitation, d’autres encore racontent qu’elle aurait été maintenue captive à Rome en raison de l’impossibilité pour l’empereur de tuer une femme. Les moins fatalistes, eux, songent à un mariage avec un sénateur romain qui aurait fait d’elle une matrone romaine.

*L’Histoire Auguste est un recueil de biographies d’empereurs romains et d’usurpateurs des IIᵉ siècle et IIIᵉ siècle.