Yves Swolfs : scénariste pour " Durango ", dessinateur pour " Légende "

Yves Swolfs : scénariste pour " Durango ", dessinateur pour " Légende "
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Yves Swolfs : scénariste pour " Durango ", dessinateur pour " Légende " - © Tous droits réservés

Deux albums dans l'actualité d'un dessinateur/scénariste au talent évident.

Dessinateur réaliste superbement doué, Yves Swolfs occupe une place de choix dans la bande dessinée populaire. Son dessin, dans la lignée d’un Giraud, n’en est pas la simple imitation, loin s’en faut. Ses découpages cinématographiques, son plaisir à faire évoluer ses personnages dans des décors somptueux, son sens du récit également, tout cela contribue depuis de longues années à faire de ses albums des moments de lecture qui ne " prennent pas la tête " mais qui, pour autant, ne sont pas non plus marqués du sceau du simplisme !

Durango : 16. Le crépuscule du vautour (dessinateur : Girod – scénariste : Swolfs – éditeur : Soleil)

Ce qui est à souligner, d’abord, dans cette série, c’est que chaque volume, ou à peu près, peut se lire individuellement, sans avoir besoin, pour en savourer l’intrigue et le dessin, de se plonger dans tous les précédents. Bien sûr, le fait d’être un fidèle de la saga permet de retrouver des personnages, de mieux pénétrer dans l’intimité du héros-titre de cet ensemble de livres qui sont autant d’hommages à l’univers du western-spaghetti.

Ce qu’il faut souligner ensuite, c’est le talent du dessinateur de ce seizième opus, Thierry Girod, qui n’a eu aucune peine ni aucune faiblesse à reprendre un (anti-)héros que le talent de Yves Swolfs avait créé.

Ce qu’il faut souligner enfin, c’est le plaisir que Swolfs prend à nous raconter des histoires pleines d’aventure, de folie, de sang, d’amour, de haine !

Durango est un de ces cow-boys solitaires qui poursuivent d’abord et avant tout l’ombre de ce qu’ils sont, ne cherchant à assouvir vengeances et colères que pour mieux se définir aux miroirs de leurs propres vérités.

Tueur impitoyable, le voici, dans le crépuscule des vautours, confronté à un univers encore plus méprisable que ceux qu’il a longuement côtoyés auparavant : celui du pouvoir, de l’argent, du mépris. Et cette confrontation, bien évidemment, ne peut que déboucher sur l’affrontement, la mort, le combat, un combat dont les meurtrissures vont marquer profondément les chairs et l’âme de Durango.

Sergio Leone et Clint Eastwood ne sont pas loin, bien sûr ! Et Durango est au western graphique ce que " Il était une fois dans l’ouest " est au western américain traditionnel ! Un changement de point de vue, un changement d’angle. Et tout cela est bien réjouissant !

Légende : 6. Le secret des Eïles (auteur : Swolfs – éditeur : Soleil)

Récit médiéval teinté de fantastique, " Légende " permet au graphisme de Yves Swolfs de faire étalage de toutes ses possibilités : découpages originaux, expressions des visages parfaitement restituées, mouvements impeccablement rendus, décors finement travaillés.

Pendant les cinq volumes précédents, on a pu suivre ainsi la quête de Tristan, sa lutte pour reconquérir son trône, le tout dans la fureur, l’onirisme parfois, le désir omniprésent de se forger une identité reconnue.

Dans ce sixième tome, nous retrouvons ce chevalier installé dans son rôle, remettant de l’ordre dans son royaume. Mais perdu vis-à-vis de lui-même, éperdu d’ailleurs, avide de retrouver ce qu’il fut. Et il abandonne tout, retourne à la nature qui l’a vu grandir, à ses animaux, à ses habitants farouches mais envoûtants. Mais là encore, il ne trouve pas la paix, habité qu’il est, à chaque nuit venue, de cauchemars peuplés de créatures cherchant à lui voler son âme.

Très différent des opus précédents, " Le secret des Eïles " se caractérise par une présence plus puissante d’un univers fantastique, fantasmagorique, dans lequel se débat Tristan, héros sans cesse déchu, héros sans cesse à la seule poursuite de lui-même, encore et toujours. Et c’est sans doute le plus abouti des titres de cette série, lui qui renvoie lecteurs et auteur aux miroirs de leurs propres angoisses.

Yves Swolfs est de ces auteurs talentueux qui réussissent à plaire au public sans pour autant se dévoyer dans les méandres de la mode. Et son dessin, d’album en album, ne perd rien, loin s’en faut, en intensité et en construction. Un auteur qui ne déçoit jamais !...

 

Jacques Schraûwen