Witold Pilecki, l'infiltré d'Auschwitz

Witold Pilecki, l'infiltré d'Auschwitz
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Witold Pilecki, l'infiltré d'Auschwitz - © Capture d'écran Youtube

Nombreux sont les récits héroïques de la Seconde Guerre Mondiale, certains bien connus, d’autres moins. L’histoire de Witold Pilecki a été, elle, volontairement écartée de la mémoire collective. Fervent défenseur d’une nation polonaise libre, il a passé sa vie entière à résister aux envahisseurs, d’un totalitarisme à un autre.

D’un courage peu commun, il fut notamment le seul à s’être livré volontairement aux Nazis pendant la Seconde Guerre. Le but ? Combattre l’ennemi depuis l’intérieur du tristement célèbre camp d’Auschwitz.

Aujourd’hui, il nous raconte.

(Ceci est un récit posthume, qui ne constitue pas les dires de Witold Pilecki)

En 1901 dans l’actuelle Biélorussie, je suis né dans une famille aux traditions patriotiques. Mon grand-père avait bataillé contre les troupes tsaristes qui tentaient de "russifier" les territoires avoisinants, Pologne comprise.

En prenant les armes lors de la Première Guerre Mondiale, et les 2 années d’après pendant le conflit russo-polonais, mon dévouement à la patrie ne faisait plus l’ombre d’un doute. J’avais bon espoir que, un jour, peut-être, la Pologne serait libre.

Rien au monde ne pourrait me faire oublier ce jour de septembre 1939, lorsque l’Allemagne nazie pénètre dans Varsovie. Âgé alors de 38 ans, je n’avais pas renoncé à défendre mon pays malgré mes devoirs conjugal et paternel.

Hitler et Staline unis par la volonté de mater toute résistance polonaise, nombreux sont les officiers polonais qui poursuivent le combat, dans le maquis d’abord, dans l’Armia Krajowa*, une armée secrète, ensuite.

Vaincre la Bête de l’intérieur

Quelques mois plus tard, une idée me vient alors à l’esprit : combattre l’ennemi de l’intérieur, en infiltrant le camp d’Auschwitz I**. Construit dès avril 1940, alors que la déportation juive n’était pas encore systématique, il accueille surtout des militaires polonais en masse.

Première réaction du commandement : mission trop périlleuse. Néanmoins, il serait essentiel de transmettre des informations aux Alliés et d’organiser un organe interne de résistance.

Mon plan approuvé par mes supérieurs, je m’appelle désormais "Tomasz Serafiński" et, le 19 septembre 1940, je fais en sorte d’être arrêté dans une rafle pour, 2 jours plus tard, arriver à Auschwitz. Là-bas, je découvre les yeux pleins d’effroi une autre dimension. Les nourrissons balancés contre le mur, les exécutions sommaires, le froid, la faim, pas un détail n’échappera à mes rapports aux Alliés par l’intermédiaire de rares évadés et quelques civils.

Mission périlleuse qui requiert le soutien de nombreux détenus : des cellules composées de 5 hommes chacune, inconnues les unes des autres. Les membres du réseau sont tenus avant tout de soutenir les prisonniers d’un point de vue moral et matériel, et de préparer les plans du camp en cas d’attaque aérienne.

Le 26 avril 1943, après 2 ans et demi de détention, je suis autorisé à m’évader afin de remédier à l’inaction alliée face à l’holocauste qui finirait par causer la mort de 6 millions de Juifs.

D’un système totalitaire à un autre

La Pologne, comme tant d’autres nations, ne se souvient pas de 1945 comme d’un retour à une paix stable. La moitié de l’Europe désormais sous le joug soviétique, l’ennemi a changé de camp mais les méthodes se ressemblent étrangement.

"Perturbateur" du nouveau régime en place, je suis arrêté en mai 1947.

Un passé délibérément oublié


Après 14 mois de torture sans trahir ses pairs, Witold Pilecki est exécuté le 25 mai 1948 au terme d’un procès monté de toutes pièces pendant lequel il déclara :

"J’ai essayé de vivre ma vie de telle sorte qu’à l’heure de ma mort, je préfère ressentir la joie, que de la peur."

– Witold Pilecki (Source : Stefan Foltzer "L’incroyable histoire de Witold Pilecki, déporté volontaire à Auschwitz", Figaro Live, 29 mai 2020).

Ce n’est qu’une soixantaine d’années plus tard que le nom de Witold Pilecki réapparaît, reconnu citoyen d’honneur en 2010 par la ville d’Oswiecim. Après plus d’un demi-siècle dans le tabou, son rapport de 1945 a été publié pour la toute première fois en 2000, traduit en anglais en 2012 et en allemand l’année d’après.

* L’Armia Krajowa ('Armée de l’intérieur') était le plus important mouvement de résistance polonais sous l’occupation allemande (1939-1945) et soviétique (1939-1941), active principalement de septembre 1939 à janvier 1945.

** Souvent confondu avec Auschwitz-Birkenau, Auschwitz I fut construit en 1940 pour accueillir les prisonniers polonais par manque de place dans les prisons. Camp de concentration initial, il était le centre administratif du complexe qui a été construit par la suite.