Walthéry : une triple actualité !

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aviatrice - © paquet

Un nouveau « Natacha », une nouvelle héroïne, « L’Aviatrice », et une exposition : Walthéry est à l’honneur, et le mérite bien !

Même si on le taxe souvent de lent dans son travail, François Walthéry a derrière lui une carrière exceptionnelle et, ma foi, prolifique. Une carrière qui, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs (et ils ne manquent pas…) se continue avec brio. Avec humour, aussi. Celui de cet auteur capable, toujours, de grands éclats de rire communicatifs…

L’aviatrice (scénario : Borgers – dessin : Di Sano et Walthéry – éditeur : Paquet)

Nous sommes en 1935. Une jeune femme, Nora, va vivre une aventure exceptionnelle : un raid aérien vers l’Extrême-Orient, dans un avion révolutionnaire. On lui impose un mécanicien qui, outre ses talents, n’a rien oublié de la guerre 14/18 qu’il a vécue, et a fait de lui un révolté avec un vrai tempérament anarchiste. Ce qui devrait n’être pour eux qu’une aventure simplement humaine va devenir, au gré des hasards de l’histoire, la grande, une plongée dans un monde prêt déjà à toutes les folies.

Borgers, le scénariste, a créé des personnages qui ont du relief. Il a également multiplié les histoires différentes, parallèles les unes aux autres, qui font de ce livre une espèce de puzzle dans lequel le lecteur s’amuse à se balader.

Di Sano, au dessin, un dessin foncièrement proche de celui de Walthéry, donne, quant à lui, vie à ce scénario, revu, préparé, agencé, mis en scène par Walthéry.

Le résultat est un livre attachant, une nouvelle héroïne dont, d’ores et déjà, on attend la suite des aventures avec une certaine impatience…

Natacha : 22. L’Epervier Bleu (dessin : Walthéry – scénario : Sirius – éditeur : Dupuis)

C’est dans les années 70 que François Walthéry a donné vie, grâce à Yvan Delporte, à celle qui fut sans doute la toute première héroïne véritablement sexy de l’histoire de la BD " tous-publics ". Et les adolescents qui, petit à petit, s’éloignaient des lectures enfantines du magazine Spirou, s’y sont replongés avec des sentiments quelque peu émus…

Depuis lors, bien sûr, le monde a bien changé. Natacha, elle, au fil des années, n’a pas pris une seule ride. Mais elle est devenue, incontestablement, plus adulte. Plus féminine, aussi, et plus féministe !

Dans ce nouvel album, Natacha continue à découvrir qui était sa grand-mère, en lisant son journal intime. Et c’est donc dans les aventures de cette aïeule intrépide que, aux côtés de la célèbre hôtesse de l’air, nous nous plongeons. Des aventures qui ne sont plus aériennes, mais maritimes. Et tous les ingrédients de la grande aventure s’y trouvent bien présents : une île, des perles, des truands plus vrais que nature, des combats, des morts même…

Le scénario de cet album est inspiré, en ligne droite, et même au niveau du découpage, par une histoire dessinée, il y a bien longtemps, par un des tout grands pionniers du neuvième art, Sirius. Mais là où Sirius mettait en scène une histoire tout en force, en puissance, en virilité, Walthéry réussit à nous offrir une adaptation dans laquelle, encore une fois, l’humour est omniprésent.

Et c’est, avouons-le, un vrai bonheur que de retrouver la belle Natacha (ou son aïeule…) en pleine forme ! Un bonheur qui n’a rien de nostalgique, que du contraire ! Natacha est et reste une héroïne résolument moderne !

L’exposition chez Champaka (27 de la rue Ernest Allard, au Sablon, à Bruxelles, jusqu’au 26 juillet)

François Walthéry fait vraiment partie de ce qu’on peut appeler l’âge d’or de la bande dessinée belge. Sa carrière est exceptionnelle, comme le sont les nombreux personnages qu’il a créés, de Natacha à Nora, de Rubine au vieux bleu. Il méritait bien une exposition, sans aucun doute, surtout une exposition comme celle qui lui est consacrée à la galerie Champaka, et qui met en évidence la précision de son travail.

Ce qu’il expose dans cette galerie d’art, ce sont des crayonnés, de manière à ce que tout un chacun puisse découvrir pleinement le boulot, véritablement artistique, que représente la construction d’une planche de bd. Et lui qui est un vieux routier de la bande dessinée s’étonne quelque peu de se retrouver ainsi à l’honneur dans un monde, celui de l’art avec un A majscule, qu’il ne revendique pas vraiment…

Natacha, c’est de l’humour éclairé d’aventure… L’aviatrice, c’est de l’aventure auréolée d’humour… Et même si la présence graphique de François Walthéry est infiniment plus présente dans le dernier opus de sa fameuse hôtesse de l’air que dans l'aviatrice, ce qui sous-tend ces deux albums (et cette exposition), c’est le plaisir que, sans cesse, cet auteur prolifique qui fait partie de la grande histoire de la bande dessinée populaire intelligente, cet artiste souriant prend à créer ses histoires et à partager ses sourires avec nous…

 

Jacques Schraûwen