Vita Nova Brussels, de Virgilio Sieni : la danse au secret

Chorégraphie de Virgilio Sieni à Bozar
Chorégraphie de Virgilio Sieni à Bozar - © © Yves Gervais/BOZAR.

Retours sur trois présentations exceptionnelles de la création Vita Nova_Brussels du danseur et chorégraphe italien Virgilio Sieni, les 28, 29 et 30 novembre 2014 dans le cadre de l’exposition Peinture de Sienne Ars narrandi dans l’Europe gothique à Bozar. Archéologie de l’intériorité propre à l’introspection.

Que reste-t-il du temps qui passe ? Que reste-t-il de nous ? Rien, sinon l’idée de la beauté. Sous le " pinceau " du chorégraphe italien Virgilio Sieni, la danse devient une " science " du beau, sophistiquée, convoquant la peinture, les arts martiaux, l’architecture, la danse, et l’exigence d’une très grande sensibilité.

Dans la galerie d’exposition de Bozar, nous pouvons voir les corps (hommes, femmes, enfants, malvoyants) de sa dernière création Vita Nova_Brussels. Nous pouvons les sentir, les ressentir, à la fois si loin, si proches, parmi les peintures des riches collections de la Pinacothèque de Sienne, souvenirs fugaces d’une autre image, du XVème siècle.

Au détour des salles et de notre marche, nous voyons onze " espaces archéologiques " (chorégraphiques) à la fois excentrés et très éclairés, et avec lesquels s’interpose une distance certaine (espaces/carré/circulaire/rectangulaire/étiré délimités et " consacrés ") où les corps se trouvent magnifiés par une composition élaborée conférant à leurs gestes une dimension universelle. Ils se nomment Saints ; Annonciation ; Adoration ; Noli me tangere ; Mères, Frères, Enfants, etc. En découle la vision d’une humanité organiquement liée où l’expression des différences (danseurs et non danseurs) n’interdit pas la possibilité d’une langue commune, ni celle d’une " communauté de la dignité du geste ", si chère à Virgilio Sieni.

Ici, le geste n’est pas un pur effet d’art, c’est une possibilité de vie, presqu’une éthique libérée, échangée. Nous songeons à nos expériences propres, élémentaires. Qu’est-ce qu’un effondrement intérieur ? Qu’est-ce que la solitude ? Qu’est-ce ça signifie être confronté à un danger ? Qu’est-ce que la pauvreté ?

Le corps investit le musée pour être conscience de soi, de nous et du monde et les transmettre, avec une modestie et une disponibilité totales. Le travail de Virgilio Sieni invite à la réflexion mais il suscite surtout l’émotion ; une émotion mobilisée, mobile, exaltée par la peinture, la danse et les brusques retours au réel, aussi. Tels qu’un regard croisé, le frôlement d’un autre corps/marcheur ou la possibilité de ne pas tout voir pour nous rendre immédiatement au monde et à notre temps, plus éveillés.

Nous regardons les visages, nous regardons les corps. Certains ont le torse nu. Tous sont vêtus de vêtements fluides, presque quotidiens. Parfois ils nous regardent. Rien n’est futile dans cette noria de visions en mouvements, au contraire tout est réajustement constant des points de vue, du geste et des silences, jusqu’à ce qu’éclatent (live) une voix d’enfant (comptine, poème), les notes d’un violoncelle ou le chant d’une femme, d’une étrangeté troublante.

Il y a une ligne, elle va du marcheur au corps et du regard à l’en-deça. C’est un geste libérateur comme ouvrir une porte.

 

Sylvia Botella

 

 

Exposition Peinture de Sienne Ars narrandi dans l’Europe gothique du 10/09/14 au 18/01/15 à Bozar à Bruxelles.

 

 

Présentations, entre autres, la Sonate de Bach et le Solo Goldberg Improvisation, les 4 et 5 décembre 2014 à l’Auditorium Agnelli à Tokyo ; La Sagra Della Primavera les 7, 8, 10 et 11 mars 2015 au Teatro Comunale à Bologne. http://www.sienidanza.it

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