Valentina Terechkova, première femme à la conquête de l'espace

Deux ans seulement après le Soviétique, Youri Gagarine, c’est au tour d’une jeune femme de prendre part à cette course à l’espace qui, entre 1957 et 1975, avait opposé les Etats-Unis à l’Union soviétique.

Parmi ces personnalités absentes de nos manuels d’histoire, (re) découvrez cette fois Valentina Terechkova qui, en plus d’avoir été la première femme envoyée dans l’espace, reste aujourd’hui la seule à avoir effectué un vol solo en orbite.

Aujourd’hui, elle nous raconte.

(Ceci est une mise en récit posthume, qui ne constitue pas les dires de Valentina Terechkova)

Des origines modestes

Née le 6 mars 1937 à Maslennikovo, en Russie, la fin de la Seconde Guerre Mondiale nous conduit, ma famille et moi, dans la région de Iaroslavl. À deux ans, j’ai été privée d’un père tombé à lors de la guerre d’Hiver. Ma mère, elle, travaille dans une usine à textile et insiste pour nous maintenir scolarisés.

En 1954, nos difficultés financières m’amènent à faire une croix sur mes études pour rejoindre l’usine, d’abord dans les pneumatiques puis, un an plus tard, dans celle de ma mère. Cependant, j’ai la chance de pouvoir suivre les cours du soir dispensés par les Komsomols (les Jeunesses ouvrières) et intègre les Jeunesses Communistes en 1960.

Premiers pas dans l’air

Le 21 mai 1959 est une date à jamais gravée dans ma mémoire - celle de mon tout premier saut en parachute à l’aéroclub de Iaroslavl.

Deux ans plus tard, Youri Gagarine devient le tout premier homme, soviétique de surcroît, à avoir séjourné dans l’espace. Le succès de la mission Vostok-1 me fait sentir pousser des ailes : et pourquoi pas moi ?

Parmi plusieurs centaines de candidates, je suis choisie par Nikita Khrouchtchev lui-même pour participer aux entraînements du programme spatial soviétique. Le rêve d’une vie, malgré les quelques étapes qu’il me reste encore à franchir avant d’espérer pouvoir poser un pied dans un vaisseau spatial. Et comment se faire une place parmi tous ces hommes ?

Après le succès des missions Vostok 3 et 4, Sergueï Korolev, le fondateur du programme spatial soviétique, déclare que le prochain cosmonaute doit être une femme : parachutiste, 30 ans maximum, n’excédant pas le 1,70 m ni les 70 kg.

Mais il faut surtout du mental et de l’endurance. Entraînée intensivement pendant plusieurs mois, j’effectue des vols en apesanteur et n’échappe pas aux tests d’isolement et de centrifugeuse. Un jour, je me retrouve même aux commandes d’un avion de chasse !

La "mouette" en direction de l’espace

Après deux ans d’intense labeur, ce 16 juin 1963, Tchaïka dit "la mouette", à seulement 26 ans, embarque pour un voyage autour de la Terre. Mon identité doit cependant rester secrète, même ma mère me croit partie pour un saut en parachute.

Ces 16, 17, 18 et 19 juin 1963, j’effectue 48 tours en orbite pendant une durée totale de 71 heures. 48 tours, c’était plus que le total du temps de vol de tous les astronautes américains réunis !

Une héroïne de la nation…

Cet exploit me vaut d’être élevée au rang des héros de l’Union soviétique et décorée de l’Ordre de Lénine, la plus haute décoration de l’URSS. D’un jour à l’autre, je deviens l’idole de tout un peuple, à qui on rendra encore hommage une cinquantaine d’années plus tard.

En accentuant l'échec américain, j’incarne la réussite socialiste soviétiqueMembre du parti communiste en 1962, je compris bien plus tard que ma sélection était plus le résultat de mon ascendance sociale et de ma fidélité au parti que de mes compétences scientifiques.

Pour ne pas faillir à cette image héroïque, on me somme de taire certains passages de mon aventure. La réalité de la mission avait, en effet, été plus périlleuse que dans le récit. Au démarrage, j’ai constaté un défaut dans le système automatique susceptible de compromettre mon retour sur Terre. Ce n’est que 30 ans plus tard, à la chute de l’URSS, que ce secret est révélé aux médias.

… Et au-delà


Comme première femme envoyée dans l’espace, Valentina Terechkova incarne, malgré les intentions premières, un exemple d’égalité entre les sexes. Si, en 1966, elle déclare que "le programme de préparation pour le voyage dans l’espace n’a aucune différence par rapport à celui des hommes", elle raconte plus tard que "les cinq femmes du groupe ont suivi une formation plus poussée que les hommes".

Couronnée "Femme du siècle" en l’an 2000 par l’Association internationale de la Femme de l’année, elle est faite citoyenne d’honneur dans plusieurs métropoles du monde. Aujourd’hui, un des cratères de la Lune porte son nom.