Tyler Cross

Tyler Cross
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Tyler Cross - © Tous droits réservés

Une structure narrative innovante, un graphisme maîtrisé, une violence exacerbée : voilà les ingrédients d’une bd tout en noirceur, parfaitement réussie ! Un album à lire !

Toute rentrée littéraire a son lot de déceptions, d’étonnements, de bonnes surprises. Et c’est aussi le cas, bien évidemment, dans l’univers de la bande dessinée. " Tyler Cross " est, dans cet ordre d’idée, à classer, sans aucune retenue, dans la série des grandes réussites, des excellentes surprises. Les auteurs, dès leur premier opus, parviennent à nous offrir un album totalement abouti, à tous les niveaux, avec ce qu’il faut d’étonnement, de tension, de construction pour que soit créé un anti-héros dont la présence remplit chaque page !

Il y a dans cet album tous les ingrédients, tous les codes du roman noir à l’américaine : un tueur sans états d’âme, froid comme la mort, une livraison de drogue, des cadavres qui se multiplient, une petite ville dirigée par une famille de salauds, deux femmes séduisantes et ambigües. Mais résumer Tyler Cross à la simple utilisation de ces codes, c’est en réduire toute la force, toute la puissance. Fabien Neury, au scénario, fait partie de ces scénaristes qui, depuis quelques années, apportent à la bd une qualité incontestable, à la fois au niveau de la construction, du découpage, que du contenu et de la manière de raconter une histoire. Sans manichéisme, sans jugement, Fabien Neury, ici comme dans " Il était une fois en France ", nous livre le portrait d’un personnage d’abord et avant tout amoral. Amoral et attachant… Et son texte, en voix off tout au long de l’album, est rédigé d’une manière simple, simpliste presque, offrant au dessin la chance de se poser sans cesse en contrepoint plus qu’en illustration. Il y a là une fusion rare et qui se doit d’être soulignée !

Le dessinateur Brüno, quant à lui, s’est plongé avec délice, avec jubilation dans cette histoire en dehors des normes et des morales de toutes sortes. La violence, présente tant dans les personnages que dans les environnements qui les construisent et qu’ils habitent, cette violence, pour gratuite qu’elle soit, devient un élément moteur du récit qu’il dessine. Mais, étrangement, et de façon exemplaire, Brüno réussit à éviter la surenchère dans l’horreur, tout en la représentant !

Il faut souligner également l’importance capitale de la coloriste, Laurence Croix, dont le talent magnifie à la fois le scénario de Fabien Nury et le dessin de Brüno, accentuant les ambiances de chaque planche, de chaque page, de chaque vignette…

Expressionniste plus que réaliste, le graphisme de Brüno se caractérise par une immense efficacité narrative, par une maturité parfaitement maîtrisée. Il faut souligner, par exemple, la manière dont il joue avec les regards de ses personnages, des regards tantôt pleins, tantôt entièrement vides. Dans la lignée de quelques grands noms de l’histoire de la bande dessinée, il possède une personnalité qui explose littéralement dans cet album.

Cet album est donc  un mariage réussi entre trois talents complémentaires : le texte, le dessin et la couleur ! Pour tous les amateurs de polars sombres et désespérés, pour tous les amoureux de la bande dessinée qui ne sacrifie pas à la mode, Tyler Cross est d’ores et déjà un personnage qui se doit d’avoir sa place dans votre bibliothèque. D’ores et déjà, oui, parce que, même si la fin de cet album se construit autour d’une mort possible du héros, du anti-héros, il est certain, selon les propres dires de Brüno, que Tyler Cross va devenir le personnage récurrent d’une série où chaque volume sera un one-shot !

 

 

Jacques Schraûwen

 

Tyler Cross (scénario : Fabien Nury – dessin : Brüno – couleurs: Laurence Croix – éditeur: Dargaud)