Túpac Amaru II, le dernier rebelle inca

Saviez-vous que le nom du défunt rappeur 2Pac, né Lesane Parish Crooks, s’inspire d’un leader péruvien ?

Parmi ces personnalités absentes de nos manuels d’histoire, (re) découvrez aujourd’hui Túpac Amaru II, le révolutionnaire et martyr indien qui avait levé une armée de 50.000 hommes contre les colons espagnols.

Aujourd’hui, il nous raconte.

(Ceci est un récit posthume, qui ne constitue pas les dires de Túpac Amaru II)

L’éducation du parfait colonisé

En 1738, je nais dans une famille aisée de la vice-royauté du Pérou colonial, à Surinama, un village au sud et à proximité de l’actuelle Bolivie. Respecté des colons espagnols, mon père est un chef indien dont l’autorité s'étend sur plusieurs villes de routes commerciales.

Malgré cette emprunte autochtone, comme beaucoup d’autres fils de dignitaires indiens, je  reçois l'éducation des Jésuites au Collègue de Saint-François-Borgia de Cuzco, puis à l’Université San Marcos de Lima.

Sans cesse occupé à parfaire ma culture générale, je découvre un jour les "Commentaires royaux de l’Inca Garcilaso de la Vega (1539-1616)". C'est une véritable mine d'or qui exalte notre passé préhispanique, c'est-à-dire l’Empire inca, en vantant les bienfaits de son organisation sociale.

Conquis en 1532 par Francisco Pizarro, l'Empire ne lui avait pas survécu et les descendants continuent ainsi d'assister, impuissants, à la disparition de leur civilisation

Un système colonial basé sur une société inégalitaire

La société coloniale péruvienne s'était entre-temps stratifiée avec, au bas de l’échelle, une importante masse indienne méprisée par les "plus grands". L’encomienda, le système de servage espagnol instauré dans l'empire colonial, avait fait de ces laissés-pour-compte des serfs asservis "à civiliser au plus vite".

Les infimes tentatives de rébellion rapidement réprimées, l'arrivée d'un leader se fait donc attendre. 

De José Gabriel à Túpac Amaru II

Pour redorer le blason inca, il me faut d'abord trouver un nom symbolique : "Túpac Amaru", le dernier empereur inca qui avait mené la révolte indienne face à l’oppression hispanique au XVIe siècle. Ce patronyme, désignant le "serpent royal" en langue locale, me permet ainsi de reprendre le fil de l'histoire là où elle s'était arrêtée deux siècles auparavant. 

Mon soulèvement débute en 1777. Le silence du vice-roi de Lima, en réponse à mes demandes formulées dans une lettre, met le feu aux poudres. Le 4 octobre 1780, une émeute éclate dans la province de Tinta, désormais sous ma direction. 

Des résultats prometteurs - comme l'abolition de l’esclavage des Noirs et la destruction des ateliers de tissage, symbole des abus espagnols - attirent de plus en plus de contestataires pour en faire un mouvement révolutionnaire de masse. Cet élan d'espoir conquiert non seulement les indigènes mais globalement tous ceux qui rêvent d'une société plus harmonieuse

Forte de 50.000 hommes, mon armée s'écrase face aux troupes du maréchal José del Valle, en janvier 1781 à Cuzco. Les tensions opposent désormais deux camps bien distincts : les Indiens d'un côté, les non-Indiens de l'autre, permettant ainsi à la contre-offensive espagnole de gagner en puissance.

Un symbole également posthume


Le 18 mai 1781, sur la célèbre plaza de Armas à Cuzco, Túpac Amaru II subit le même sort tragique que son prédécesseur. Jusqu’à la fin de l’année, les révolutionnaires tentent de poursuivre la rébellion mais sont sévèrement pourchassés.

Après Túpac Amaru II, la répression coloniale est si efficace qu’elle fit du Pérou le dernier pays à se libérer du joug colonial espagnol, en 1824.

Le nom du chef, lui, est devenu le symbole des mouvements indigénistes de la fin du XIXe – début du XXe siècle, et reste aujourd’hui l’étendard des cultures amérindiennes.

C’est ainsi qu’un célèbre rappeur américain, Lesane Parish Crooks ou 2Pac, aurait décidé un jour de se réapproprier son nom. Cet article de Little Africa raconte qu’il aurait déclaré dans une interview : "C’est mon vrai nom. Il n’y a rien d’artificiel là-dedans. Il y a un monsieur du nom de Tupac Amaru qui était un combattant de la liberté, un guerrier – comme moi — un chef, un leader pour son peuple".