Trois albums ouverts à l'Histoire

Trois albums ouverts à l'Histoire
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Trois albums ouverts à l'Histoire - © Tous droits réservés

Le passé, tous les passés de l’histoire, voilà ce qui, d’une certaine manière, nous construit, érige notre présent, l’influencent. Et quand la bd s’attache, intimement, aux remous de nos passés, même lointains, le voyage vaut souvent le détour.

Depuis très longtemps déjà, la bande dessinée flirte avec la grande Histoire. On peut, par exemple, épingler des séries comme Alix ou Chevalier Ardent, Tardi et la grande Guerre, Juillard et ses épopées médiévales, Hermann et ses tours de Bois Maury. L’histoire, de par ses possibilités à la fois romanesques et épiques, est un vecteur d’aventure qui ne pouvait que plaire aux graphistes, aux scénaristes et aux lecteurs.

Et à l’occasion de la sortie littéraire de ces mois de septembre et d’octobre, j’ai décidé d’épingler pour vous trois livres qui méritent d’être découverts.

ISABELLE – La louve de France – volume 1

collection entamée chez l’éditeur Delcourt : parler des " reines de sang ", en décrire le quotidien mais aussi tout ce qui sous-tend leurs actes, leurs révoltes, leurs ambitions, leurs prises de pouvoir.

Avec Isabelle, nous nous retrouvons au quatorzième siècle. Elle est la fille de Philippe le Bel, elle est aussi l’épouse d’Edouard II, roi d’Angleterre. Et ce dernier s’intéresse infiniment plus aux gîtons qu’à celle qui lui est compagne. A la mort de Philippe le Bel, cette femme humiliée, meurtrie, va lentement laisse se révéler toutes les puissances qui l’habitent, puissances de vengeance, de liberté et de sens politique aigu.

Dans ce premier volume de ce qui sera un diptyque, le scénario de Marie et Thierry Gloris nous fait découvrir, outre Isabelle, tous les personnages qui l’entourent, les plus puissants et les plus humbles. L’histoire se met en place, en quelque sorte, avec un sens du découpage efficace, et avec un dessin extrêmement précis quant aux décors, aux couleurs chaudes, aux détails jamais inutiles. Jaime Calderon, sans aucun doute, a la maîtrise de son graphisme, et sous sa plume les personnages décrits et racontés prennent véritablement vie.

Un excellent livre, donc, dont on attend déjà la suite.

 

Isabelle, la louve de France (scénario : Gloris – dessin : Calderon – éditeur : Delcourt

L’ESPION DE L’EMPEREUR : 1. Ulm, 1805

Napoléon doit faire face à ce que l’Histoire a retenu comme étant la " troisième coalition ". Pour vaincre, et remporter la victoire d’Ulm, l’empereur a besoin de son meilleur espion, Schulmeister. Celui-ci, aidé par des personnages hauts en couleurs, va remplir sa mission et déstabiliser, à force de ruses, l’état-major autrichien, permettant à la grande armée de Napoléon de remporter une victoire avec très peu de pertes.

 

Je pense que les connaisseurs de l’épopée napoléonienne vont se régaler à la lecture de cet album, tant il est vrai qu’il est particulièrement fouillé, tant au niveau du scénario que du dessin. Pour les autres, ceux qui, comme moi, n’ont pas une connaissance approfondie de cette époque de l’Histoire, je me dois d’avouer que l’intrigue est parfois ardue à suivre, à comprendre. Mais au-delà du scénario de Falba, qui pêche parfois par trop de précision historique, la force de cet album réside incontestablement dans le graphisme de Slavkovic, et dans le découpage tout à fait particulier qu’il a utilisé pour rendre, avec une présence incroyable, comme en cinémascope, les scènes de bataille.

C’est donc un livre intéressant, et, ma foi, qu’on lit avec plaisir…

 

L’espion de l’empereur : 1.ulm, 1805 (scénario : Falba – dessin : Slavkovic – éditeur : Joker)

 

DUELLISTE : 1. Au premier sang versé…

Lorsque j’aborde un livre de cape et d’épée, je retombe toujours un peu en enfance, dans cette époque où les jeux aimaient à imiter les combats dans lesquels noblesse et honneur étaient sans cesse présents. L’enfance a besoin de romanesque avant de découvrir ce qu’est l’horreur de toute guerre !

Et du romanesque, il y en a dans cet album. Nous sommes au dix-septième siècle. Antoine Velayne est, dans les rues de Paris, un bretteur talentueux, qui loue son épée à qui a besoin de venger un honneur bafoué. Duelliste expérimenté, il est secondé par un Japonais qui s’est occupé de lui depuis sa naissance. Et tout ce beau monde, dans l’ombre de Louis XIV, va se trouver emporté dans une histoire qui mêle ésotérisme et réalisme, politique et sentiments, complots et intrigues.

Sans être un chef d’œuvre, cet album profite d’un scénario qui, malgré quelques lenteurs, quelques obscurités aussi, est un très bel hommage à des auteurs comme Paul Féval ou Alexandre Dumas. Herzet, en outre, a choisi un langage véritablement écrit, presque littéraire parfois, ce qui est trop rare dans la production actuelle. Quant au dessin de Coppola, d’un réalisme plein de mouvement, il aime s’attarder ici sur les duels avec une véritable maestria, et là sur les visages des différents personnages, s’amusant à en restituer les mimiques, les impressions, les sensations.

Ce premier volume met en scène une histoire mêlée à l’Histoire… Espérons que le deuxième opus de cette série réussira à entrer pleinement dans l’aventure que ce premier sang versé nous promet !

 

 

 

Duelliste : 1 ; Au premier sang versé… (scénario : Herzet – dessin : Coppola – éditeur : Lombard)

 

Jacques Schraûwen