Transperceneige : Terminus

C’est en 1984 que paraît le premier album de cette série… Les deux suivants attendront 15 ans avant de voir le jour, avec un nouveau scénariste. Et l’aboutissement de cette série est éditée aujourd’hui, sous la houlette toujours du dessinateur Jean-Marc Rochette, et d’un scénariste particulièrement talentueux, Olivier Bocquet.

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Terminus © Casterman

Pourquoi une bande dessinée devient-elle mythique ? Tout simplement, sans doute, parce que, à sa parution, elle se trouve immédiatement en adéquation avec les angoisses de tout un chacun, avec les dérives du quotidien.

Et ce fut le cas de ce Transperceneige, racontant, largement avant que la mode en soit née, une histoire sombre et post-apocalyptique.

Le résumé de l’histoire racontée par cette série est particulièrement simple : le monde n’existe plus qu’au travers d’un train qui s’enfonce dans la nuit, dans la neige, dans une course effrénée vers une survie improbable. Et ce train reproduit jusqu’à la presque caricature la hiérarchisation de notre société, les derniers wagons étant ceux de la pauvreté et de la détresse, les premiers occupés par l’aristocratie et la grande bourgeoisie.

Et dans cet ultime opus, le train est au bout de son trajet. Quelques personnages en sortent, guidés par une étrange musique, pour explorer ce qui, peut-être, est la dernière chance de l’humanité : un monde souterrain encore habité.

La force de cette série, ce qui continue à en faire un des grands objets du neuvième art, c’est d’abord, probablement, la puissance évocatrice de son graphisme. Jean-Marc Rochette utilise, certes, les codes de la bande dessinée, avec un découpage des planches, par exemple, totalement traditionnel. Mais son dessin, par contre, qui joue avec la lumière, avec les ambiances, avec le trait lui-même, s’est totalement différencié, dès le début de l’aventure, de ce qu’on avait l’habitude de voir. Et ici, dans Terminus, Rochette se laisse encore plus aller à un plaisir graphique, inventif, auquel les lecteurs ne peuvent qu’adhérer.

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Terminus © Casterman

Le premier scénariste, Jacques Lob, avait imprimé sa personnalité à l’histoire racontée, c’est évident. Le deuxième s’était en quelque sorte contenté de suivre les mêmes rails narratifs.

Avec Olivier Bocquet, les choses sont différentes. Il est arrivé, comme il le dit lui-même, tout à fait neuf dans cette aventure. Et c’est cette virginité, sans doute, qui lui a permis de créer une histoire qui, certes, naît des épisodes précédents, mais qui, en même temps, peut se lire toute seule, d’une traite. Auteur résolument littéraire, il est parvenu non seulement à entrer dans l’univers du Transperceneige, mais à le compléter, à le mener vers des nouvelles contrées de la narration.

Il y a, dans sa manière de construire un récit, un besoin de ne jamais choisir un personnage central, un héros, de changer ainsi régulièrement d’axe, de pivot narratif. Et son talent, outre celui de ses mots, est celui de ne jamais perdre le lecteur en cours de route.

Son talent est aussi celui d’une invention presque surréaliste, parfois, comme celle de ces masques que portent les personnages, comme s’ils en avaient besoin pour, nus et enflammés de désir, s’enfouir aux pays du plaisir et de l’érotisme.

Livre sur l’errance, l’espoir, la désespérance, le libre choix, ce Terminus foisonne de thèmes sans jamais donner de leçon.

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Terminus © Casterman

Avec ce " Terminus " c’est donc une série mythique qui se termine, c’est un transperceneige, train de l’impossible et du probable, qui arrive en gare, une gare menant au néant ou à la vie…

 

Jacques Schraûwen

Transperceneige : Terminus (dessin : Jean-Marc Rochette – scénario : Olivier Bocquet – éditeur : Casterman)