Trains De Légende

Trains De Légende
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Trains De Légende - © Editions Soleil

 

Ce n’est pas un hasard si le train continue, de génération en génération, à créer des véritables passions. Il fut une véritable aventure humaine, réussissant à forger des légendes d’abord, à partir de ces convois finissant par appartenir à la mythologie des dix-neuvième et vingtième siècles.

Retrouver ce train, dès lors, au centre d’une série BD ne peut étonner personne. Et ne peut que plaire aux amateurs à la fois de vieilles machines et de neuvième art.

Le Transcontinental (scénario : Jean-Charles Gaudin – dessin : Francesco Mucciacito – éditeur : Soleil)

Il a fallu six ans, à l’instigation du président Abraham Lincoln, pour que se construise le premier chemin de fer transcontinental, aux Etats-Unis, reliant la Californie et le Nebraska. Six ans, et des milliers de morts, bien évidemment, en cette deuxième partie du dix-neuvième siècle où la vie humaine n’avait que peu de poids.

Pour retracer l’épopée de cette construction gigantesque, les auteurs ont pris le parti de nous faire suivre deux destins. Celui de William Dawney, parti de l’Ouest, et celui de Terence Nichols, parti de l’Est. Deux individus très différents l’un de l’autre : un comptable et un professionnel de la gâchette.

Ce choix délibéré permet à ce livre de n’avoir rien de pesant. C’est en effet à des êtres humains enfouis dans une aventure qui ne peut que les dépasser que nous sommes confrontés ici. Et ces histoires parallèles ne cachent rien de ce que furent les horreurs, les injustices qui ont prévalu à la réussite de ce projet grandiose.

Le dessin, pour " rendre compte " de cette aventure, ne cherche pas à étonner, à innover. Il est d’un véritable classicisme, dans la veine, d’une certaine manière, des récits historiques de l’âge d’or de la bd. Avec une différence majeure, cependant : le graphisme, tout comme le scénario d’ailleurs, n’hésitent jamais à faire preuve d’un réalisme cru quand il s’agit de montrer l’univers décrit tel qu’il était véritablement.

Le Transsibérien (scénario : Grégory Lassablière et Fabrice Gérard – dessin : Isaac Del Rivero et Juan Albarran – éditeur : Soleil)

Le Transsibérien fait lui aussi partie des trains de légende, c’est une certitude, il appartient de plain-pied à la grande histoire des transports ferroviaires. A la grande Histoire aussi, bien évidemment, celle de la Russie, celle de l’Union Soviétique, celle de l’Europe et de ses mutations nombreuses de la fin des années 1800 à la fin du vingtième siècle.

Et cet album-ci, qui se déroule en grande partie dans ce train étonnant, se veut, justement, inspiré d’abord par l’histoire s’écrivant avec un H majuscule.

En 1979, en pleine guerre froide, un couple américain gagne un voyage dans ce fameux Transsibérien. Ce qui aurait pu être, pour cet homme et cette femme en difficulté amoureuse, un long moment de retrouvailles va se révéler tout autre chose : une histoire d’espionnage, de trahisons, de mort, de pouvoir.

Le train, ici, n’est qu’un décor à l’intrigue. Une intrigue très bien maîtrisée par les scénaristes, avec son lot d’humour, de rebondissements. Très bien mise en scène et en images, également, par les dessinateurs : leur dessin est d’un réalisme qui adore les changements de rythme et les perspectives variées, tout en réussissant à ne jamais être trop chargé. Et la couleur ne se contente pas de créer des ambiances, elle ajoute aussi du relief aux personnages, des personnages entiers, " vivants ", qui, pour manichéens qu’il puissent paraître, se révèlent attachants.

Cette série des "Trains De Légende" ne se contente pas de se conjuguer de manière linéaire et attendue : elle passe, d’un album à l’autre, d’un point de vue à un autre, et c’est là toute son intelligence, toute sa force, tout son intérêt.

Et comme chaque livre se complète d’un dossier écrit qui replace le train " raconté " dans son contexte historique, cette série allie ainsi le divertissement intelligent et varié à l’intérêt historique : une belle réussite, donc !

 

Jacques Schraûwen