Tour d'horizon des lieux qui lient l'histoire du Congo à celle de la Belgique

Photo d'une partie de la façade de la Unilever House liée à l'histoire de la Belgique coloniale.
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Photo d'une partie de la façade de la Unilever House liée à l'histoire de la Belgique coloniale. - © Benoit Vlietinck

L’espace public belge – et bruxellois plus particulièrement – est encore imprégné de marques coloniales. Entre les noms des avenues et autres artères (Pétillon, Général Jacques, etc.) et les nombreuses statues, les traces du passé colonial belge sont perceptibles mais méconnues. Lors de notre émission spéciale sur les 60 ans de l’indépendance du Congo, nos trois animateur.trice.s ont parcouru ces différents endroits intimement liés à l’histoire du Congo. Contemporaine et passée. C’est parti pour un tour d’horizon.

Le parc de Tervuren

Lorsque l’on parle d’exposition universelle, il est souvent question de celle qui s’est tenue en 1958. Pourtant, des dizaines d’années plus tôt, en 1897, Léopold II fit construire le Palais des colonies à l’occasion d’une exposition universelle, au cœur du parc de Tervuren. L’idée était d’exposer des Congolais.e.s dans des sortes de zoos humains comme ce sera encore le cas lors de l’Expo58. Au moment de sa construction, "les salles accueillaient, entre autres, des animaux naturalisés, des échantillons géologiques, des denrées, etc. Un village africain qui logeait des Congolais pendant la journée avait été aménagé dans le parc et a coûté la vie à sept d’entre eux ", apprend-on sur le site de l’actuel musée. Le pavillon étant trop petit, Léopold II ordonna de faire construire le Palais de l’Afrique, qui porte aujourd’hui le nom d’Africa Museum. En 2013, le musée opéra une grande rénovation et inaugura un nouveau concept "décolonisé". Un dépoussiérage plus que nécessaire vu que l’exposition permanente datait des années 50…

>> À lire également : Africa Museum : le musée de l’Afrique décolonisée rouvre le 9 décembre

Pépite Blues

Depuis avril 2019, cette nouvelle librairie a ouvert ses portes à Ixelles dans le quartier Matongé (qui porte d’ailleurs le même nom qu’un quartier de Kinshasa). Dans les allées, uniquement des livres de littératures afros du monde entier. L’idée de Celestina Jorge, sa fondatrice, est de créer un lieu culturel de partage entre auteur.e.s et citoyen.ne.s et de lutter contre l’invisibilisation des écrivain.e.s afros. Romans, bandes dessinées, essais, tous les types d’ouvrages s’y côtoient dans plusieurs langues différentes. Dans une interview accordée à Vivre Ici, Celestina raconte : “J’ai grandi à une époque où il n’y avait pas de livres pour enfants avec des personnes noires. Ce genre de manque a une influence sur notre rapport à nous-même et aux autres […] C’est important que tous les enfants puissent se voir dans l’espace public.” Aussi, le restaurant africain Inzia à Ixelles se veut être un lieu aussi culturel que convivial. En plus de plats congolais, les propriétaires proposent de nombreux évènements et autres expositions.

Unilever House

On le répète : l’espace public belge reste imprégné de marques coloniales. C’est notamment le cas de l’Unilever House située près du parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Quotidiennement, des milliers de passant.e.s se promènent devant cet énorme bâtiment sans en connaître l’origine. Stéphanie Ngalula, membre du collectif Mémoire Coloniale explique : "La compagnie Unilever (multinationale active dans l’agroalimentaire, ndlr.) a obtenu une concession de 550.000 hectares au moment de la colonisation du Congo. En particulier en 1911. Grâce à ça elle a pu produire un élément important pour la fabrication d’un savon très connu : le Sunlight. Mais ce lien entre Congo et Unilever se traduit également par l’une des faces de la colonisation dont on ne parle pas souvent : l’aspect économique. On revient fréquemment avec cette idée de civilisation à apporter au Congo, mais la seule raison d’être de la colonisation c’était l’accès aux terres, aux matières premières. Dans l’inconscient collectif, l’Afrique est lieu où on peut se servir."

Balades décoloniales

Pour se rendre compte des nombreuses traces colonialistes qui persistent dans l’espace public, le collectif Mémoire coloniale organise plusieurs fois par mois des balades décoloniales dans la capitale. L’idée : raconter l’histoire de la colonisation et sensibiliser à celle-ci au travers des différents noms de rues et des statues qui parsèment Bruxelles. Rien que le nombre de parcours par communes atteste de l’importante quantité de vestiges qu’il existe. Ce genre de visites guidées existent dans plusieurs grandes villes. C’est notamment le cas à Paris où de nombreuses rues ont été rebaptisées par des collectifs décoloniaux.

Stoumont, le "point de vue du Congo"

Tanguy Dumortier a passé quatre ans à arpenter le Congo. Il l’assure, la vue qu’offre cet endroit situé à l’entrée du village de Stoumont en province de Liège pourrait effectivement être à plusieurs endroits différents du pays. Entre les collines, la rivière et le chemin de fer. Reste que la nature congolaise est bien différente de la Belge tant le Congo est vaste, naturel et vallonné. "Ce qui relie encore aujourd’hui le Congo et la Belgique c’est l’histoire. Notamment celle du parc national des Virunga, le deuxième plus grand au monde après Yellow Stone. Il a été dessiné au temps de la colonie belge et conservé par les Congolais.e.s après l’indépendance. Il mesure le quart de la taille de la Belgique, ça laisse imaginer…"

Le théâtre Molière

Situé à l’entrée du quartier Matongé, le théâtre Molière est géré par l’asbl Muziekpublique qui défend et promeut les musiques du monde entier et "particulièrement celles qui ont un lien avec les musiques acoustiques, traditionnelles, populaires, folks, métissées, classiques, jazz". Chaque année, une centaine de concerts est organisée, une cinquantaine de cours de musique offerts. Aussi, le label du même nom s’engage à produire plusieurs CD afin de participer au rayonnement de ces différentes musiques et de contrer l’invisibilisation. Lors de notre émission spéciale, les différentes prestations des artistes accueilli.e.s se sont déroulées sur la scène de ce théâtre emblématique.

Ces articles sont rédigés dans le cadre de l’émission télé spéciale "Le temps d’une histoire : Il y a 60 ans, l’indépendance du Congo" diffusée le 26 juin à 20h20 sur La Une et à retrouver à tout moment sur Auvio.