"The Outer Worlds" dévoile une belle puissance narrative en critique discrète des dérives de l'ultra-capitalisme

"The Outer Worlds" dévoile une belle puissance narrative en critique discrète des dérives de l'ultra-capitalisme
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"The Outer Worlds" dévoile une belle puissance narrative en critique discrète des dérives de l'ultra-capitalisme - © Obsidian Entertainment

Pourquoi rester les pieds sur terre quand la prospérité vous attend dans les étoiles ?

Voilà une propagande bien alléchante, qui vous promet bonheur et richesse loin de cette bonne vieille Terre. Triés sur le volet, une septantaine de Terriens ont donc visé plus loin que la Lune pour rejoindre Halcyon, une des colonies de terriens à travers l’espace. Le voyage devait durer dix ans, les passagers du vaisseau Hope étant préservé de l’ennui et de la vieillesse en étant plongé dans un état artificiel d’hibernation. Sauf que… Vous voilà soudainement réveillé.e par un scientifique, un peu fou, qui vous explique que le vaisseau a dérivé pendant septante ans, sans que personne ne vienne à votre rescousse.

A peine le temps de digérer ces informations (et la substance qui vous empêche de vous liquéfier suite à une sortie d’hibernation trop tardive), vous voilà balancé.e sur Terra 1, à suivre les instructions de ce scientifique loufoque… ou en faire à votre tête, c’est selon.

Et de découvrir comment une flopée d’humains s’en sortent pour vivre en dehors de cette chère Terre. Si The Outer Worlds se présente comme un RPG classique à la première personne, l’univers créé par les développeurs vaut sacrément le détour. Avec cette finesse dans la narration, qui nous laisse errer, observer, écouter (plus ou moins discrètement), farfouiller, manipuler, afin d’en connaître un peu plus sur cette colonie qui semble garder enfouis de nombreux secrets.

Car votre dévouée testeuse, n’étant spécialement fan de ce type jeu, ne savait pas trop comment l’aborder. Et bien, pour paraphraser Renaud, c’est le jeu qui m’a abordée, tout en douceur, et m’a complètement charmée, dès les premières minutes.

Une décadence poétique teintée d’humour noir

Premier envoûtement : l’univers imaginé par les artistes d’Obsidian Entertainment, coloré, parfois un peu absurde, poétique dans sa décadence. Un univers qui, subtilement, dénonce certaines dérives de notre modèle de société capitaliste. Halcyon est ainsi une colonie détenue par un groupement de corporations, et chaque habitant est la propriété d’une société privée. Littéralement. Face à cette marchandisation extrême de l’être humain, en découle toute une série de situations tristement absurdes… Et brillamment tournées à la dérision, avec un humour noir très bien maîtrisé.

Un des grands intérêts du jeu, c’est définitivement de réaliser les quêtes secondaires et discuter avec toute personne encline à vous adresser la parole. Comme tout jeu actuel, des indications claires sur les étapes à suivre pour réaliser une mission seront servies sur un plateau au joueur. Mais pas mal d’indices et d’informations supplémentaires seront cachés, dans des terminaux à consulter, dans des dialogues, dans des lieux à explorer.

Le jeu dévoile ainsi toute sa richesse dans ses détails, dans ses interactions entre personnages (jouables et non-jouables), dans tout ce qui ne concerne pas la quête principale. Le fil rouge de l’histoire est presque un prétexte pour juste découvrir Halcyon, ses arcanes, ses mystères, ses habitants étranges, un peu paumés, à la destinée définie dès le plus jeune âge. Ces détails se révèlent en fait essentiels, dans les choix qui seront posés au joueur tout au long de l’aventure. Car l’histoire impose des prises de position, souvent radicale, qui influenceront à la fois le reste de l’aventure, les relations avec les PNJ et les corporations, mais aussi, la destinée de la colonie.

Vous n’êtes pas seul

Deuxième envoûtement : vos compagnons d’aventure. Au gré des pérégrinations dans la colonie, plusieurs personnes seront susceptibles de rejoindre le joueur, lui permettant d’augmenter certaines de ses compétences, de ne pas à avoir à combattre seul, et d’ouvrir certains choix de dialogue. Chaque compagnon, de par son histoire, permettra ainsi de faire évoluer certaines quêtes autrement, enrichissant encore plus la trame narrative. Mention spéciale pour Parvati, jeune mécanicienne brillamment interprétée par Ashly Burch (que l’on retrouve aussi dans " Life is Strange " en tant que Chloé, ou dans " Horizon Zero Dawn " en tant qu’Aloy), et terriblement attachante. Et aussi A.D.A., cette intelligence artificielle qui cache bien son jeu.

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Halcyon, tout en couleur

Troisième envoûtement : la direction artistique du jeu, à la fois proche des autres grandes licences du genre, comme Bioshock ou Fallout, mais qui s’en éloigne sur pas mal d’aspects, comme la diversité de la faune et de la flore. The Outer Worlds réveille en nous ces instincts de spationaute explorateur, voulant découvrir des planètes étranges et hostiles au péril de sa vie. La magie fait effet dès les premières secondes du jeu, mais malheureusement, s’étiole au bout de quelques dizaines heures, les différentes planètes ne se différenciant pas assez entre elles pour continuer à attiser notre curiosité. Il n’empêche que l’univers développé est grandiose par endroits, et se laisse admirer sans rougir.

The Outer Worlds est un beau cadeau vidéoludique que nous propose le studio américain d’Obsidian Entertainment. Sans révolutionner le genre, il offre un univers décalé et très agréable à explorer, et délivre une très belle narration, qui permet de ne pas décrocher trop vite du jeu et d’en arriver à la fin sans s’essouffler. Riche en quêtes secondaires, elles ne sont pourtant pas excessivement nombreuses, afin de ne pas perdre le joueur, qui aurait alors l’impression d’un jeu sans fin (un défaut que portent de nombreux jeux de monde ouvert).

Les niveaux de difficultés sont parfaitement adaptés à l’expérience désirée par le joueur : les modes facile et normal permettent de vivre l’histoire sans être trop ralenti par les combats, tandis que les modes difficile et Supernova permettent aux joueurs les plus exigeants de satisfaire leurs besoins de stratégies et de techniques de combat, la diversité d’armes et armures permettant une belle personnalisation des personnages jouables.

Pour ceux qui n’auraient jamais été attirés par un RPG à la première personne, c’est certainement le jeu qui leur permettra d’aimer le genre et de comprendre ses atouts, en plus de découvrir un futur dystopique avec un magnifique humour grinçant, qui pose délicatement le doigt sur les dérives possibles d’un système ultra-libéral.


The Outer Worlds, développé par Obsidian Entertainment et édité par Private Division, est sorti le 25 octobre 2019 sur PS4, Xbox One et PC.