The Almost Gone, voyage sombre et poétique dans cet instant infinitésimal juste après la mort

The Almost Gone,
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The Almost Gone, - © Happy Volcano

"Et si, juste après la mort, on avait une seconde pour choisir entre la vie et la mort ?"

C’est autour de cette idée, très rarement développée dans un médium comme le jeu vidéo, que The Almost Gone vient se construire. Sous ses faux airs de douceur et de simplicité, ce jeu de réflexion emmène, pièce après pièce, le joueur vers des thématiques sombres, complexes.

Ce qui attire dans The Almost Gone, c’est définitivement son esthétique, sa direction artistique léchée, tout en finesse. Dans une discussion filmée lors du Steam Game Festival de cet été, le directeur artistique David Prinsmel relève la genèse de ce jeu : des graphic designers qui ne trouvaient pas de sens dans leur travail, et ont décidé de se tourner vers les jeux vidéo. Le développement du jeu a ainsi suivi une voie habituellement peu empruntée dans l’industrie : ils ont d’abord travaillé sur la ligne artistique du jeu, son ambiance, avant même de savoir de quoi il parlerait, quelle serait son histoire.

"On voulait partir de l’art, visualiser de mieux en mieux le monde qui se construisait, et à partir de là, penser à ce que pourrait être l’histoire, le gameplay, les mécaniques. C’est notre manière de faire des jeux vidéo, et on veut continuer comme ça" détaille le directeur artistique de Happy Volcano. En résulte un jeu où le monde est "découpé", en pièces, en petites scènes, que le joueur doit explorer, faire tourner, afin d’y révéler ce qui doit être trouvé, et de pouvoir continuer à avancer.

Cette esthétique si simple, et diablement efficace, est fortement inspirée par Chris Ware, célèbre dessinateur de bande dessinée, connu pour son soin dans les détails et la mise en page de ses œuvres, chamboulant les codes du neuvième art. "Il rend l’ordinaire si incroyable, un peu à la manière dont un enfant voit les choses, car il met en avant des éléments auxquels normalement tu ne fais pas attention. Et il en fait quelque chose de spécial, c’est ce sentiment-là que je voulais retranscrire dans The Almost Gone."

Une évolution organique entre l’histoire et son univers graphique

Et c’est sur cette direction artistique qu’est venue se greffer une histoire, un personnage, par le biais de l’écrivain Joost Vandecasteele. "Il faut trouver un équilibre entre des choses lumineuses et des choses sombres. Et quand j’ai vu ces dessins, aux tons pastel, parfois avec l’impression d’être dans une maison de poupée, j’ai pensé à la mort." explique-t-il dans la vidéo du Steam Game Festival. Et de venir greffer l’ombre de certaines ténèbres à des graphismes, en apparence seulement, candides. "Mon seul job était de leur présenter un personnage qui tienne la route, qui s’insère dans ce monde. Je devais donc infuser une jeune fille dans cet étrange mais magnifique monde"

"C’est ainsi que l’histoire et les artworks ont progressé ensemble [tout au long du développement du jeu], d’une manière douce et organique. On n’est pas parti d’une histoire toute faite, c’était vraiment une belle manière de travailler ensemble." ajoute David Prinsmel.

La narration va donc nous prendre par la main, dans ce monde entre la vie et la mort, comme l’indique Joost Vandecasteele.

"Ce monde-là, est construit à partir de souvenirs, d’endroits que l’on connaît, de personnes que l’on connaît. […] Le monde, juste après la mort, ce n’est pas le paradis, l’enfer ou même l’au-delà, c’est un monde vacant, c’est là où l’on atterrit. La philosophie derrière le jeu, c’est que le joueur est dépouillé de tout et il faut recommencer depuis le début, dans ce monde vacant."

Le jeu réussit formidablement bien à retranscrire cette volonté de monde en équilibre entre d’autres, qui se révèle au protagoniste,  une jeune fille qui se remémore, ou découvre, des pans de sa vie et les lourds secrets qui y sont liés. Des énigmes proposent un challenge modéré au joueur, parfois (et malheureusement) peu intuitives, tandis qu'une musique souvent lourde, voire un peu pénible dans certains niveaux, accentue la nature pesante des révélations qui seront faites autour de la vie de cette jeune fille. 

De pièces en pièces, de niveau en niveau, le puzzle se construit, l’histoire de cette jeune fille se complète, tout en gardant ses parts de mystères, sujettes à interprétation, à l’instar de sa fin.

Quand le récit s’achève, que le jeu revient à l’écran titre, on a pourtant un peu l’impression d’un manque, comme si trop peu avait été dit, comme si un vide n’avait pas été comblé. Non pas que le jeu soit trop court, mais qu’il manque un poil de consistance pour véritablement entrer en empathie avec cette jeune fille que le joueur incarne, et entend tout au long du périple.

The Almost Gone n’en reste pas moins un excellent jeu, qui aborde des thématiques lourdes mais de manière juste, et qui offre un gameplay et des mécaniques de jeu originaux, très bien maîtrisés, invitant à l’exploration et à l’introspection.


The Almost Gone, premier jeu du prometteur studio belge Happy Volcano, sort ce 25 juin sur Switch, Android et Steam.