Stevie Wonder à l'origine du Martin Luther King Day

Stevie Wonder à l'origine du Martin Luther King Day
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Stevie Wonder à l'origine du Martin Luther King Day - © JEAN-PIERRE MULLER - AFP

Depuis 1986, chaque troisième lundi de janvier est férié aux États-Unis en mémoire au symbole de la lutte pour les droits civiques, Martin Luther King. Treize années se sont pourtant écoulées entre la première tentative à l'instauration officielle du Martin Luther King Day dans le calendrier américain. Dans ce combat pour la reconnaissance, Stevie Wonder a donné un sacré coup de pouce…

Été 1979. Une dizaine d’année après le décès de son mari, Martin Luther King (MLK), Coretta Scott King, reçoit un coup de fil de Stevie Wonder. Dans une interview de CNN en 2011, l’artiste se souvient :

"I said to her, you know, ‘I had a dream about this song. And I imagined in this dream I was doing this song. We were marching, too, with petition signs to make for Dr. King’s birthday to become a national holiday".

Le morceau auquel il fait référence est "Happy Birthday", le dernier de l’album "Hotter than July". Sorti en 1980, ce tube est encore fréquemment joué lors de fêtes d’anniversaire sans qu’on sache qu’il rend hommage à MLK.

Par ce titre, Wonder a voulu relancer un projet à l’époque tombé dans l’oubli. En 1968, peu après le décès du pasteur, le député John Conyers avait en effet présenté un projet de loi visant à ce que le jour de naissance de MLK, le 15 janvier, devienne une fête nationale. Dans les années 70, c’est le Martin Luther King Center qui reprend le combat en cherchant appui du côté du grand-public.

Les désillusions des années 70-80

À l’issue de cet échange avec Stevie Wonder, Coretta se montre enthousiaste mais ne peut lui cacher son incertitude. Ses doutes sont en partie fondés puisque la situation aux Etats-Unis a entre-temps radicalement changé.

En effet, les bouleversements sociaux des années 60 ont peu à peu laissé place à un retour à l’ordre et à la loi pendant les deux décennies suivantes. Les mesures punitives se renforcent alors dans les quartiers pauvres, les communautés noire et latino en sont les premières victimes.

Stevie Wonder, jusqu’au-boutiste

À l’occasion de l’anniversaire de MLK, en 1979, notre légende de la pop profite de la scène du Georgia State Capitol pour inviter son public à considérer cette journée comme un congé personnel. Mieux encore, il l’encourage à écrire au Congrès pour lui demander d’accepter le projet de loi Conyer.

Stevie Wonder est rejoint par d’autres personnalités comme Bob Marley ou encore Gil Scott-Heron. Cinq jours avant l’investiture de Reagan, le 15 janvier 1981, 100.000 personnes se réunissent au National Mall à Washington pour rendre hommage au MLK et et demander un jour de fête nationale dédié. Accompagné par Diana Ross, Jesse Jackson et Gil Scott-Heron sur scène, Wonder prononce ce discours :

“No assassination, no repression, no technological overkill can kill (King’s) great and classic values. They live forever in the hearts of free people everywhere, and for all time, he told the crowd. It is because he best represents these principles that Martin Luther King is such a heroic figure. A man of his time. A man for all seasons. Certainly, a man America can be proud of.”

Marches et rassemblements se multiplient, une pétition rassemble 6 millions de signatures. Résolument contre le projet de loi, Reagan est finalement contraint de le signer, le 2 novembre 1983, après qu’il ait été voté à majorité écrasante par le Congrès (338 pour / 90 contre). Dans les faits, il faut encore attendre jusqu'au 20 janvier 1986 pour voir cette journée s’instaurer officiellement.

Âgé aujourd’hui de 70 ans, l’interprète de "Superstition" continue de dénoncer le racisme systémique aux États-Unis.