"Snoopy" et "Le Belge": Deux livres pour sourire en se penchant sur ce que nous sommes!

Snoopy et Le Belge
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Snoopy et Le Belge - © Editions Delcourt

L'humour, quand il est de qualité, n'a pas d'âge ni de nationalité. Et mettre en face à face le génial Schulz et le duo de Belges Kosma et Lecrenier m'a amusé: deux époques, deux lieux, mais d'identiques sourires!

 

 

Snoopy & Les Peanuts: 1981/1982

Présenter les Peanuts me semble totalement inutile, tant il est vrai que les personnages créés par Schulz, des enfants, des chiens et des oiseaux, appartiennent depuis longtemps à la grande histoire de la bande dessinée, certes, mais aussi à l'imaginaire collectif!

Jamais avant Schulz un auteur n'avait réussi à croquer avec une telle acuité et un tel humour les défauts humains, en choisissant l'enfance comme vecteur.

Bien sûr, c’est à partir de ce qu’il connaissait que Schulz a créé ses strips, et Charlie Brown, Linus, Lucy et, bien évidemment Snoopy sont représentatifs d’un pays, Les Etats-Unis. Les sports que les Peanuts pratiquent, base-ball ou football américain, l’omniprésence de la psychiatrie et de ses analyses à l’emporte-pièce, l’image d’une éducation sans cesse fluctuante, les grandes balades " scoutes " à travers la nature, tout cela forme le tableau d’une Amérique qu’on pourrait croire rêvée, mais qui, très vite, se révèle beaucoup plus " acide " !

C’est que Schulz a réussi, pendant cinquante ans, à faire de ses personnages non les archétypes d’une culture bien précise, mais les miroirs vivants d’un monde sans cesse en changement, avec des personnages vivant toujours, de pays en pays, les mêmes interrogations, souriantes parfois, grinçantes souvent, politiques et philosophiques aussi, et toujours traitées avec gentillesse et sourire.

Et le public de ces gags en trois images ne s’y est pas trompé puisque les Peanuts, très vite, ont été traduits un peu partout dans le monde. Rappelons-nous, par exemple, que " Charlie Hebdo " est né d’un mensuel de Bandes dessinées qui s’appelait Charlie, et qui fut un des premiers, en France, à ouvrir largement ses pages à ces personnages américains typés ! A l’époque, ce n’était pas de provocation qu’il s’agissait mais d’observation résolument humaniste !

Sans Schulz, il n’y aurait pas eu sans doute Quino et Mafalda, ou, plus récemment, Dormal et Pico Bogue, deux séries " enfantines " qui débordent, elles aussi, avec intelligence, poésie et humour, des seules frontières de l’enfance !

 

Les éditions Delcourt ont l’intelligence, depuis quelques années, d’éditer l’intégrale des dessins de Schulz. Et le travail fourni est superbe, traité de manière chronologique plutôt que thématique.

Et ce tome-ci, qui aborde le début des années 80, mérite, assurément, de se retrouver dans toutes les bonnes bibliothèques !

Le Belge Parle Aux Français

Le Belge Parle Aux Français (dessin : Lecrenier – scenario : Kosma – éditeur : éditions Delcourt)

Des gags rapides, en quelques dessins, un graphisme simple, clair, avec très peu de décors : il y a là une similitude avec les Peanuts, mais une similitude qui s’efface totalement par le propos de cet album.

Comment la Belgique est-elle vue à l’extérieur de ses frontières ? Comme un pays " surréaliste ", souvent, et user de ce terme, qui correspond à une des plus intéressants mouvements culturel du vingtième siècle, pour vilipender le Belge m’a toujours semblé une bêtise fondamentale.

Parlons plutôt d’absurdie… De décalage entre le quotidien et l’environnement politique qu’on lui impose, ce qui ne peut créer qu’une espèce d’autodérision souvent réjouissante.

Dans ce petit livre, les auteurs se sont attachés à raconter le " Belge " à ses voisins français. Et ce sont des petits tableaux au jour le jour qui se succèdent, de page en page, et qui reprennent, en quelque sorte, tous les clichés que les habitants de l’hexagone continuent, depuis Coluche, à véhiculer sur leurs petits voisins compliqués à comprendre !

Ce livre est construit en petits chapitres, avec des titres accrocheurs : " le Belge travaille plus pour vivre moins ", " le Belge est un enfant qui a vieilli ", " le Belge ne croit plus en rien ", " le Belge ne connaîtra jamais la paix ", etc.

Il y a une certitude, en tout cas, qui apparaît tout au long de ce livre : le Belge, d’une manière générale, ne se prend pas au sérieux !

Et c’est cette certitude qui fait de la lecture de ce livre un bon moment ! Par petites touches, les auteurs réussissent, non pas à définir ce qu’est le Belge dans son ensemble, mais à tracer l’esquisse d’un pays et de ses habitants pour qui le " politiquement correct " n’est qu’une vanne de plus, une " zwanze ", tout simplement !

 

Un livre amusant, donc, souriant, réjouissant… Pour tous les Belges et pour les autres!...

L'humour présent dans ces deux livres n'est pas identique, c'est évident. Le génie de Schulz a sans aucun doute plus de relief, de profondeur que celui mis en mages par les Belges. Mais ne boudons surtout pas notre plaisir, celui de sourire, encore et encore, dans un monde où l'intolérance, sous toutes ses formes, se multiplie au rythme des libertés qu'on nous supprime!

 

Jacques Schraûwen