Sherlock Holmes Society

Sherlock Holmes society
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Sherlock Holmes society - © Editions Soleil

Voici quelque temps déjà que les éditions Soleil ont créé la collection " 1800 " : des albums revisitant quelques grands classiques de la littérature du dix-neuvième siècle. Parmi ces grands précurseurs du roman d’aujourd’hui, il y a bien entendu l’extraordinaire personnage créé par Arthur Conan Doyle : Sherlock Holmes. Un personnage ambigu que la télé et le cinéma se sont appropriés avec une évidente réussite, que la bd se devait aussi d’illustrer. Cordurié, scénariste prolifique, s’est lancé dans l’aventure en scénarisant plusieurs séries chez Soleil. Dont celle-ci, étonnante, qui plonge le grand détective londonien dans un univers plus fantastique que réel.

1. L’Affaire Keelodge

Dans les romans dont il est le héros, Sherlock Holmes a disparu après avoir affronté en face à face son ennemi juré, Moriarty. Comme c’est le cas dans la plupart des séries télévisées, Sylvain Cordurié a décidé de nous le restituer après cet épisode littéraire dramatique. Holmes a donc repris vie, et il est devenu consultant pour Scotland Yard. Un consultant qui, au début de cette Affaire Keelodge, met fin aux oeuvres d'un imitateur de Jack L’Eventreur.

Et c’est alors que l’aventure commence vraiment. Mycroft, le frère de Sherlock, travaille pour le Yard, et lui demande son aide dans une affaire pour le moins étrange. Keelodge, un petit village tranquille, entre mer et falaises, n’est plus peuplé que d’êtres que l’on pourrait appeler zombies.

L’intérêt premier de cette série, c’est de plonger un des personnages les plus rationnels de l’histoire de la littérature dans un monde qui n’a plus rien de logique ni d’immédiatement analysable.

Le deuxième intérêt de cette série, c’est de nous restituer, avec un réalisme historique parfaitement documenté, une époque révolue.

Son troisième intérêt, c’est de ne pas s’éterniser : quatre volumes sont prévus, deux sont déjà parus, et chacun est dû, graphiquement, à un autre dessinateur.

Et ce qui est remarquable, c’est la qualité du dessin, justement, et le fait, aussi et surtout, qu’on ne perd absolument pas le fil d’un opus à l’autre. Il y a, de la part des différents dessinateurs, une véritable fidélité aux personnages réinventés par Cordurié.

Cordurié qui, en maître d’œuvre, réussit à tenir ses lecteurs en haleine, soutenu, dans ce premier volume, par le dessinateur Stéphane Bervas, qui aime les perspectives sans cesse variées, les changements de point de vue au sein d’une même planche, les découpages éclatés, les physionomies vues de près et les paysages somptueux, les silences des personnages et leurs mouvements puissants au moment de l’action.

2. Noires Sont Leurs Âmes

Le dessin de Torrents, qui préside aux planches de ce deuxième épisode, est plus classique, plus " linéaire " aussi. Il y a certes moins d’envolées graphiques, mais il y a une espèce de retenue qui sied parfaitement à l’univers de Sherlock.

Sherlock qui, ici, continue bien entendu son enquête au sujet de Keelodge, et se voit obligé de côtoyer un univers qu’il ne supporte pas, celui des nantis au narcissisme démesuré.

L’intrigue le conduit dans les méandres de la médecine, de la folie, des manipulations scientifiques propres à modifier l’essence même de l’humain, donc de l’humanité.

Encore une fois, il n’y a rien à reprocher à cet album, et l’approche qu’à Cordurié de son personnage est, de bout en bout, d’une intelligence acérée, avec sans cesse un sens aigu de l’observation. Il connaît son sujet, il l’assume pleinement, et il réussit totalement à créer les péripéties nécessaires à conserver à l‘intrigue tout son potentiel de suspense et d’étonnement.

Et j’ai adoré voir apparaître dans ce deuxième numéro de cette série un autre anti-héros somptueux du dix-neuvième siècle : Mister Hyde. Un nouveau personnage, donc, qui, aux côtés du fameux docteur Watson, complète à merveille un casting haut en couleurs et extrêmement bien maîtrisé.

Sherlock Holmes appartient à la culture mondiale, à l’inconscient collectif, c’est une évidence.

Le plonger dans le monde du " fantastique ", avec zombies, sang, violence, horreur, angoisse, tenait du pari un peu bizarre, et ce pari, incontestablement, est réussi.

Le fait de raconter une histoire en quatre volumes dessinés par quatre dessinateurs différents aurait pu nuire au récit. Mais il n’en est rien. Grâce, bien évidemment, aux dessinateurs et à leurs talents qui, pour différents qu’ils soient, sont graphiquement parallèles et complémentaires. Grâce aussi à Jean Bastide, qui, d’album en album, préside à la couleur, réussissant à donner ainsi une superbe unité d’ambiance à l’ensemble de cette enquête ardue. Grâce également à Ronan Toulhoat qui est l’auteur de chaque couverture.

Deux albums restent à paraître dans cette série. Une série à suspense, parce que la dernière image du volume deux appelle, comme dans les bons romans feuilletons chers au dix-neuvième siècle, à une suite dramatique, très certainement !

Une excellente série, donc, que cette réécriture dessinée de celui qui reste un des plus emblématiques des détectives privés.

 

Jacques Schraûwen

Sherlock Holmes Society : deux albums sont déjà parus sur quatre prévus (scénariste : Cordurié – dessinateurs : Bervas et Torrents – couleurs : Jean Bastide - éditeur : Soleil)