Robert Mapplethorpe : Au début

Robert Mapplethorpe - Charles Tennant (edition of 10 + 2 AP), 1978 - silver gelatin print
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Robert Mapplethorpe - Charles Tennant (edition of 10 + 2 AP), 1978 - silver gelatin print - © MAPP-764-1978

Xavier Hufkens propose une exposition des premiers travaux de Robert Mapplethorpe dans sa nouvelle galerie. Des clichés en noir et blanc, allant de 1970 à 1979.

L’espace est blanc, rectangulaire et l’accrochage suit cette même rigueur. Cadres identiques, parfait alignement. Ces photos sont celles du début. Quand pour personnaliser ses collages, Robert Mapplethorpe achète un polaroid. Il a 24 ans. Il vit au Chelsea Hôtel, à New York, avec Patti Smith, son amoureuse d’alors et son amie pour toujours. Tout est mythique : le lieu, la ville, la période, leurs amis, eux... pourtant cette bohême est aussi faite de misère et de faim .

 

Il photographie alors les amis, les amants, des fleurs, lui, Patti. Certains clichés sont un peu tendres, laissant voir la vulnérabilité des modèles tel Eddie, 1972 ou Nicky Waymouth, 1973 ou Patti Smith, dont il émane une certaine douceur en contraste avec son regard de petit garçon buté, tout en rendant sa singulière indépendance. D’autres, sont déjà très provocateurs même s’il réfute le terme. " Je cherche l’inattendu. Je recherche les choses que je n’ai jamais vues auparavant. "

L’inattendu se trouvera certes, dans ses photos de la scène sadomasochiste homosexuelle. Quand le cuir, les chaînes, des actes crus, intimes s’exposent, sous un éclairage parfait, de façon si esthétisante. Mais pas seulement, parce qu’en plus  

de l’inattendu, Robert Mapplethorpe, natif du Queens dans une famille catholique, est aussi habité par des obsessions plus classiques : l’ombre et la lumière, le bien et le mal, le paradis et l’enfer… Obsessions classiques, qu’il interprète avec inventivité. Par exemple, cet autoportrait composé de deux photos. Deux photos de sa main droite écrivant " pictures ". La main est gantée de cuir sur le premier cliché et sort d’un costume plus dandy sur le second.  Lui en miroir. Lui dans ses 2 versions.

 

De son lieu de naissance, il disait que c’est un bon lieu pour grandir, d’autant qu’on était pressé de le quitter. Ce qu’il fit en s’installant à New York. Une gueule d’ange prompte à toutes les expériences – de la drogue, du sexe extrême - pour apprivoiser le diable. " Whenever you make love to someone then should be 3 people involved – you, the other person and the devil. " Mais la photo devient son squelette.

En 1975, Mapplethorpe commence à utiliser un appareil Hasselblad de moyen format. Il photographie principalement - voire exclusivement - en studio. Des natures mortes, des fleurs surtout : glaïeuls, lys…souvent en ambiguïté. Comme pour les nus, les autoportraits, portraits de célébrités, la mise en scène est soignée, construite et étudiée. Donnant à l’image un mélange de proximité, d’impression d’intimité mêlée à une dramatisation, une magnification du sujet. Mapplethorpe ne cessera par la suite, d’accentuer ce trait stylistique.   Notamment dans sa série de nus, très statutaires, d’inspiration néoclassique ou celle de Lisa Lyon, première femme championne de bodybuilding.                                                                                                                                                                                                                                                               

 

Cette prise de position et cette affirmation de genre sont déjà très marquantes dans ces débuts, dans ces photos moins connues, moins vues. Il y a aussi, que même dans les clichés les plus ténébreux de Mapplethorpe, on se surprend à toujours y trouver, de la lumière.

 

Stéphanie Etienne

Infos pratiques

L'expo est ouverte jusqu'au 20 juillet

l'adresse : Xavier Hufkens - 107 rue St-Georges - 1000 Brussels

Tel. +32 (0)2 639 67 30

du mardi au samedi

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