Retour sur la fin voluptueuse du président français Félix Faure

FRANCE-PERE LACHAISE-FAMOUS-FAURE
3 images
FRANCE-PERE LACHAISE-FAMOUS-FAURE - © JOEL SAGET - AFP

"Fellation fatale", "mort heureuse", ou encore "les doigts crispés dans la chevelure de son amante" est-il encore raconté aujourd’hui en France du décès de Félix Faure, l’ancien président de la République. Si cette anecdote cocasse a traversé les décennies intacte, la vérité historique, elle, est toute autre.

Le 16 février 1899, le peuple français apprend le décès de son président, Félix Faure. "Comment ?", vient alors à la bouche de la presse et des plus curieux. Suicide ? Empoisonnement ? Pour dissiper les rumeurs, le docteur Lannelongue choisit la congestion.

N’ayant constaté aucun signe récent de mauvaise santé du président, d’autres préfèrent se tourner vers un racontar sulfureux selon lequel Faure aurait succombé à une visite courtoise. Historien de la médecine, Pierre Darmin évoque poétiquement "une voluptueuse agonie". Georges Clémenceau se serait également moqué de son contemporain en déclarant "il a voulu vivre César, il est mort Pompée".

Bien que la conclusion soit quelque peu hâtive, il est vrai que le président se soit trouvé en (très) bonne compagnie ce jour-là. Dans le salon bleu du palais de l’Elysée réservé aux "audiences plus particulières", Félix Faure avait effectivement reçu la visite de sa maîtresse, Marguerite Steinhel.

Une France divisée

Connue de tous en France, cette anecdote de l’Histoire sème tout de même le doute. Comme l’explique la journaliste française Clémentine Portier-Kaltenbach, "l’histoire telle qu’on l’aurait voulue est toujours plus sexy". S’il est probable que Félix Faure se soit retrouvé "nu et en pleine jouissance" ce même jour, d’autres élément expliquent la cause du son décès.

En France, la dernière décennie du XIXe siècle est celle de l’Affaire Dreyfus. Durablement, ce scandale majeur de la IIIe République a divisé l’opinion française. Les dreyfusards clament haut et fort l’innocence d’Alfred Dreyfus, un officier alsacien juif accusé de haute trahison par le premier conseil de guerre du gouvernement militaire de Paris. Le 13 janvier 1898, Zola sort son célèbre texte "J’accuse !" dans les pages de l’Aurore pour sonder l’opinion publique. Un an avant le décès du président, il adresse à celui-ci une lettre ouverte dans laquelle il dénonce l’Etat-major pour avoir condamné un innocent (Dreyfus) et acquitté un coupable (Esterhazy).

Sous pression, Faure est victime de tachycardies violentes et de plus en plus fréquentes. Pas particulièrement antidreyfusard, il refuse néanmoins la révision du procès susceptible de déstabiliser l’Etat. Un an après "J’accuse !", les dreyfusards se multiplient et le président sent le régime parlementaire menacé. Ce 16 février 1899, le prince Albert Ier de Monaco avait précédé Marguerite plus tôt dans la journée pour convaincre Faure de l’innocence de Dreyfus.

C’est anormalement contrarié, stressé voire, dit-on, "au bord de l’apoplexie" que le président quitte l'entrevue pour aller se changer les idées auprès de Marguerite. Plusieurs sources mentionnent qu’il avait ingéré une deuxième – et fatale - dragée Yse, le viagra de l’époque à base de phosphure de zinc.

On connaît la suite.