René Follet : deux albums et une exposition à Bruxelles.

René Follet est un artiste, un vrai, et vous allez pouvoir découvrir toutes les facettes de son talent grâce à deux albums somptueux et grâce à une exposition consacrée à son art de l’illustration.

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René Follet © René Follet

L'actualité de Follet, aujourd’hui, c’est d’abord une exposition qui lui est consacrée, du 19 février jusqu’au 17 juillet prochains, au Rouge-Cloître, à Bruxelles.

On pourrait s’attendre à ce que soient accrochés aux cimaises ses planches originales, voire les travaux, nombreux, qu’il a fournis pour d’autres grands de la BD comme William Vance.

Mais il n’en est rien.

D’abord parce que les crayonnés qu’il a effectués pour des tas de séries, comme Bob Morane, ont bien évidemment disparu, recouverts par l’encrage des auteurs définitifs de ces livres. Ensuite, parce que Follet est peut-être, fondamentalement, un illustrateur, et que c’est en faisant des dessins uniques qu’il s’amuse le plus, qu’il peut, en toute liberté, donner vie à ses rêves, rêves d’railleurs toujours retranscrits, au papier, en mouvances et en errances superbes.

René Follet est un dessinateur qu’il faut, à tout prix, redécouvrir. Des talents réalistes comme le sien, nourris à la fois de démesure et de simplicité, de beauté et d’humilité, sont absolument nécessaires dans un art que l’on dit neuvième et qui, reconnaissons-le, prend de plus en plus de jouissance à se regarder le nombril !

Stevenson, le pirate intérieur (scénariste : Rodolphe – dessin : Follet – éditeur : Dupuis)

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Stevenson © René Follet

René Follet, du haut de ses plus de 80 printemps, est un de ces artisans du neuvième art qui reste étrangement méconnu, alors qu’il fut et qu’il reste un des dessinateurs réalistes les plus talentueux de la grande histoire de la bande dessinée.

Il était normal que son chemin croise un jour celui de Robert Louis Stevenson, après avoir croisé celui de Jean Ray.

Et Rodolphe, scénariste prolixe, prend la suite de gens comme Delporte, Stoquart, Makyo ou encore Duchâteau en lui offrant cette biographie "littéraire" à dessiner.

Stevenson est mort jeune, à l’âge de 44 ans. Et il a laissé dans la mémoire collective des œuvres qui défient le temps, incontestablement : "L’île au trésor", par exemple, mais aussi "L’étrange cas du docteur Jekyll".

Ce qui, indéniablement, réunit Follet et Stevenson, c’est le sens de l’aventure. Et ainsi, au-delà des siècles, au travers de cet album qui, plus qu’une biographie, est vraiment le roman dessiné d’une existence vouée à l’imaginaire, c’est comme une amitié intemporelle qui naît entre deux auteurs qui se révèlent complémentaires.

La grande force de Follet a toujours été de dessiner des personnages qui, pour réalistes qu’ils soient, créent le mouvement sur le papier, grâce à des angles de vue étonnants, grâce aussi à un graphisme qui aime à étirer et disloquer quelque peu ses personnages pour les rendre plus vivants encore.

Et ici, avec l’aide d’une couleur qui parvient à multiplier les ambiances, Follet nous livre un album magistral. Il nous fait entrer véritablement, en quelque sorte, par la force de l’imagination et de son dessin, dans le monde de Stevenson, dans ses réalités historiques comme dans ses rêves et ses hantises.

Plus fort que la haine (scénario : Pascal Bresson – dessin : René Follet – éditeur : Glénat)

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Plus fort que la haine © René Follet

Ici, on n’est plus du tout dans l’imaginaire, mais, tout au contraire, dans une fable, certes, mais profondément ancrée dans une réalité historique précise, celle du racisme violent dans l’Amérique des années trente.

C’est le destin de Doug Wiston que nous suivons. Utilisé par un patron blanc pour sa force colossale, pour la quantité de travail qu’il est capable de fournir chaque jour, il va découvrir la haine, profonde, sournoise, lorsque son père sera roué de coups par le Ku Klux Klan.

Il se retrouve sans argent, sans maison, sans boulot, et ne rêve qu’à la vengeance. Et cette vengeance va avoir lieu, mais bien différemment que ce qu’il escomptait. Avec violence, oui, mais sur un ring. Il est en effet pris en charge par un vieux musicien de jazz qui, peu à peu, lui permet d’élargir son combat, grâce à la boxe, grâce à la notoriété que ce " noble art " lui offre.

Et le livre, dès lors, ne se content plus d’être anecdotique, mais nous raconte les Etats-Unis, aussi, et la nécessité de ce combat contre le racisme qui n’est toujours pas terminé.

Le dessin de Follet, ici, va droit au but, et l’utilisation du noir et blanc, et des nuances de gris, uniquement, rend le rythme et le propos de ce livre totalement présents, puissants. Le monde de la boxe et celui du jazz impriment à cet album un rythme soutenu et envoûtant.

On retrouve dans son trait, ici, l’influence que René Follet a pu avoir de celui qui fut un des maîtres de l’illustration, Pierre Joubert. Je dirais que dans son dessin, on retrouve en fait le mélange entre deux grands artistes du scoutisme, Forget, et Joubert.

Je sais que ces deux albums datent d’il y a quelques mois déjà. Mais croyez-moi, si vous les avez ratés à leur sortie, il est grand temps de les réclamer à votre libraire préféré ! Ils sont l’image même de tout le talent de Follet, toute la beauté de son graphisme, en noir et blanc comme en couleur.

Et il est temps, aussi, d’aller voir de près ce que sont, justement, les talents de cet immense artiste trop méconnu encore, et d’une humilité toujours souriante…

 

Jacques Schraûwen

 

Lien vers le site du Rouge-Cloître