Rencontre avec Max Boublil, caméléon de la provoc !

Max Boublil
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Max Boublil - © Tous droits réservés

L'humoriste-chanteur, qui cartonne sur la Toile avec ses clips décalés, présentera son spectacle "En sketches et en chansons" au Cirque Royal de Bruxelles le 26 janvier et au Forum de Liège le 8 février.

Max Boublil est un être hybride, prototype de la génération Y qui est née avec un écran et une connexion 3G entre les doigts. Humoriste adulé par les 15-30 ans, il prend un malin plaisir à dépasser les bornes pour faire rire, en sketches comme en chanson.

"Je passe de Gad Elmaleh à Patrick Bruel en deux secondes. Cela désarçonne les gens. Ce sont des chansons comiques, des chansons connes. Je ne comprends pas pourquoi ça étonne les gens. Pleins de chanteurs ringards font ça depuis 30 ans...mais en se prenant au sérieux !". Dès la première question, le ton est donné !

Humoriste version 3.0

La force de Max Boublil : il vit avec les mêmes codes générationnels que son public. Il maîtrise la communication virale et utilise l'internet comme vecteur supersonique pour distiller ses parodies à une vitesse impressionnante. Il a ainsi très vite compris l'importance de "l'image à partager", le clip sera son arme fatale. "100% de ma com' passe par internet, nous avoue-t-il. Pour diffuser les chansons sans censure, pour faire des sketches en direct avec le public, il n'y a pas mieux . La vitesse de propagation est très impressionnante. La TV ne m'a jamais donné une telle liberté. c'est un format qui ne me correspond pas bien. On est souvent enfermé dans un concept. Et puis le direct c'est un exercice que je n'aime pas. Le clip par contre j'adore ! J'ai fait deux albums et chaque chanson a eu son clip. Je les distillais à raison d'un par mois. Elles étaient toutes disponibles, ça ne servait donc à rien de l'acheter mais, pourtant, plein de gens l'ont acheté en soutien. Le but c’était surtout d'avoir des gens qui viennent voir le spectacle".

"On rit toujours plus quand il y a un peu de fond derrière !"

La parodie de Rihanna, "Put your sex in the air" représente bien ce cocktail entre pure déconnade et dénonciation qui se cache à peine. Un constat cinglant et drôle sur les chansons commerciales dont on gave nos pré-ados en manque de rythmes binaires et de textes à répéter sans les comprendre : "En fait, j'avais très envie de me travestir. Se moquer de ces chanteuses qui se mettent à moitié à poil pour s'adresser à des jeunes filles pré-pubères et leur dire d'être des petites cochonnes : Give it to me, I want it big, I want it hard, c'est beaucoup plus vulgaire que ce que je peux dire dans mes chansons. L'important, c'est évidemment de faire des blagues mais on rit toujours plus quand il y a un peu de fond derrière !"

Ce mélange entre musique et humour lui permet de se différencier de ses collègues humoriste, dans une époque qui voit poindre toujours plus d'adeptes du stand up. Le cinéma aussi lui fait les yeux doux : "J'ai enchaîné 3 films en 9 mois. Mais je veux garder la scène parce que c'est ce que je préfère. Recevoir des murs de rire, remplir de belles salles. C'est moins lucratif et moins confortable que le cinéma. Il faut aller au charbon, continuer à prendre des risques en face des gens. Il faut arriver à les emmener avec toi. Ça fait un peu "Miss France" de le dire mais c'est magique d'arriver à emporter l'adhésion des gens et d'y assister en direct."

"La provocation c'est mon carburant"

Cette combinaison de disciplines donne un résultat très interactif sur scène : "Le stand up c'est mon métier de base mais j'y incorpore des chansons. Il y a un écran géant, une guitare (je joue mal mais je joue (rires!)) des clips, plein de surprises. C'est paradoxal mais mon public me connaît d'abord avec les chansons et ils repartent avec une expérience comique qu'ils aiment presque plus que les chansons. Alors que moi, je me sens d'abord humoriste. La provocation c'est mon carburant. Les blagues limites, flirter avec la ligne, c'est mon vrai plaisir. J'ai rarement eu des ennuis. J'ai même fait une chanson sur les terroristes qui ont un cœur qui fait "boum". Bizarrement elle a pas bien marché. Ce qui me rassure c'est que le public a de la dérision. Plein de filles viennent au spectacle pour chanter "T'es bonne mais t'es conne" à plein poumons".

Avant de terminer la discussion, ce jeune branché nous confie que "je n'aurais pas pu faire autre chose. Provoquer et faire le pitre, c'était vital pour moi. Soit c'est vital, soit tu le fais pas parce que c'est trop risqué. Il y a eu plusieurs hauts et plusieurs bas dans ma carrière. Et les moments de bas, on les gère pas très bien. Quand tu n'es plus "hot", les gens te tournent vite le dos, comme on voit dans les films. Et donc, quand on redevient désiré, on le savoure d'autant plus ! »

François Colinet

En spectacle au Cirque Royal de Bruxelles le 26 janvier et au Forum de Liège le 8 février.