R.I.P. Ric !

R.I.P. Ric!
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R.I.P. Ric! - © Le Lombard

Cinq ans après le décès de Tibet, son créateur, voici le retour d’un personnage mythique de la bande dessinée franco-belge : Ric Hochet. Et la réussite est vraiment au rendez-vous !

Non, Ric Hochet n’était pas ringard. Pas plus, en tout cas, que Tintin ! Il était daté, certes, mais il était également de ces personnages de papier qui ont réussi à accompagner plusieurs générations de lecteurs sans les lasser. Il répondait, certainement aussi, à des critères d’une époque où les héros se devaient d’être sans peur et sans reproche. Et la force de Zidrou et Van Liemt, c’est de réussir à moderniser Ric Hochet sans pour autant le trahir !

Ric Hochet appartient à l’histoire de la bande dessinée. Journaliste, aventurier, enquêteur, il est né dans les années cinquante et a vécu près de 80 aventures sous la houlette du dessinateur Tibet et du scénariste Duchâteau. Il était à l’image des héros pour la jeunesse : sage, gentil, serviable, intelligent, avec un soupçon d’humour. Et voici donc qu’il reprend vie, scénarisé par Zidrou, et dessiné par Van Liemt, cinq ans après le décès de Tibet. Et s’il reste fidèle à ce qu’il a été, il a quand même pris un fameux coup de jeune ! Un fameux pari, et un pari gagné.

En situant son histoire en 1968 , Zidrou s’est donné la possibilité de replonger totalement dans la jeunesse de Ric Hochet, et, profitant de cette époque, de lui apporter plus de corps, plus de liberté, beaucoup plus d’humour aussi , parfois potache, parfois second degré, ce qui aurait sans aucun doute plu à Tibet.

Ric Hochet, dans cet album, retrouve celui qui fut un de ses pires ennemis : le caméléon. Et l’intrigue est menée tambour battant, dès les toutes premières planches. Au niveau du scénario, il y a une intrigue policière bien élaborée, qui n’a pas peur de la violence montrée, assumée. Il y a des morts, que l’on voit, ce qui arrivait extrêmement rarement dans la série originelle. Il y a des personnages qu’on redécouvre, plus libre, plus " complets ", comme Bourdon ou Nadine. Il y a de l’amour, du sourire, des rebondissements bien amenés. Oui, on sourit, on s’amuse, il y a un vrai canevas narratif bien construit. Et le dessin de Van Liemt, parfois encore un peu malhabile, reste, lui aussi, fidèle au dessin originel tout en s’en démarquant quelque peu. Ce n’est pas, heureusement d’ailleurs, du copier-coller ! Le graphisme de Van Liemt est plus léger, plus aérien que celui de Tibet. Ric Hochet, sous sa houlette, est moins lisse, moins " bcbg ". Mais, tout comme Tibet, Van Liemt aime les mouvements, l’action, et ses décors sont plus présents que ceux que Tibet dessinait. Ce qui caractérise aussi cette " reprise ", ce qui la différencie des anciens albums de Ric Hochet, c’est l’utilisation de la couleur. Chez Tibet, la couleur était, somme toute, secondaire. Ici, elle s’inscrit pleinement dans la construction narrative. Par les ambiances qu’elle crée bien sûr, mais aussi par la possibilité qu’elle offre, ici et là, de supprimer des éléments du décor pour axer le regard du lecteur sur l’essentiel du dessin.

Un excellent livre, une très intelligente reprise " : Ric Hochet n’a pas fini, c’est évident, de séduire. Et il ne fait nul doute qu’il va encore réussir à nous étonner, à surprendre et à plaire, même aux plus intègres de ses fans !

 

Jacques Schraûwen

R.I.P. Ric ! (dessin : Van Liemt – scénario : Zidrou – éditeur : Lombard)