Pour un peu de bonheur : 1. Félix et 2. Aurélien

1919 : Félix, grand mutilé de guerre, le visage à moitié caché par un masque, la patte folle, revient chez lui, retrouver son village, sa femme, son fils. Le retour à la vie normale s’avère difficile, moralement, humainement. Et Félix se montre peu, se plongeant dans le travail quotidien pour ne pas voir les regards des habitants, ceux de son fils qui se refuse à l’appeler papa, ceux de sa femme qui se refuse à lui.

Félix se veut ailleurs, à côté de la vie, soucieux seulement de se reconstruire et de reconstruire ses relations les plus proches. Seulement, un tueur invisible et insaisissable s’amuse, dans la contrée, à abattre d’une balle dans la tête les animaux domestiques. Un policier vient de Paris pour enquêter, un vétéran, lui aussi, amputé d’un bras. Et le destin, né de différentes révélations, va obliger Félix et cet inspecteur, Henri, à unir leurs talents pour dénicher ce tireur d’élite et l’empêcher de continuer à tuer.

Il y a donc, comme canevas à ces deux albums, une enquête policière. Mais cette enquête n’est qu’un élément secondaire dans l’histoire que nous racontent, que nous offrent Galandon au scénario et Dan au dessin.

L’essentiel de ce récit conjugué en deux tomes naît d’abord et avant tout des relations humaines qui sont décrites. Des relations d’amour, de haine, d’indifférence, d’horreur qui habitent tous les personnages, relations et sentiments qui se mélangent et se succèdent. Des interrogations, aussi, que chacune et chacun se pose, s’impose au fil des jours. C’est une quête humaine, une quête d’identité. D’identités plurielles, même, tant il est vrai que plusieurs personnages, de Félix à sa femme, de son fils au policier, cherchent à se découvrir, à se redécouvrir.

L’horreur de la guerre, ses traces indélébiles aux âmes de ceux qui sont revenus, l’extraordinaire avancée de la médecine, l’apparition aussi de l’aide médicale psychologique, tout cela peuple ces deux albums. Avec, pour soutenir le récit, quelques suspenses bien placés, quelques révélations inattendues, jusqu’à la conclusion, elle-même surprenante.

Comme à son habitude, Galandon construit son scénario autour de l’humain : ce sont les personnages et leurs vérités, parfois changeantes, qui font toute la trame, et tout l’intérêt de l’histoire qu’il nous raconte. Et le dessin de Dan, à la fois réaliste et épuré, réussit, grâce à un jeu de couleurs, à une diversité des plans également, à accompagner ce scénario avec un véritable talent.

A quelques mois de l’anniversaire du début de la guerre 14/18, les albums consacrés à cette époque vont, c’est évident, se multiplier. Parmi ceux-ci, " Pour un peu de bonheur " sera, incontestablement, de ceux à lire, à retenir. Une belle réussite, une belle fusion entre dessin et texte, un beau portrait, aussi, de personnages qui dépassent, par leur intensité, le simple aspect anecdotique qu’aurait pu revêtir une telle histoire.

 

Jacques Schraûwen

 

Pour un peu de bonheur (scénariste : Galandon – dessin : Dan – éditeur : Bamboo Grand Angle)