Pellejero : Loup de Pluie (tome 2) et une exposition à la galerie Champaka

loup de pluie
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loup de pluie - © champaka

Du western, pur et dur, baignant dans une lumière somptueuse, une histoire humaine dans laquelle la différence, le fantastique et la violence se mêlent en un récit puissant : voilà ce qu’est le diptyque que nous offrent Jean Dufaux et Ruben Pellejero.

Au milieu du dix-neuvième siècle, dans l’Ouest américain, un Indien, Loup de Pluie, tue un Blanc, pour défendre un autre Blanc. Et les passions, dès lors, vont se déchaîner : violence, kidnapping, fuite, vengeance deviennent, dans ce coin sauvage, les seules lois en vigueur. Comme à son habitude, Jean Dufaux construit son scénario en prenant plaisir à multiplier les personnages, et en leur donnant à chacun une existence réelle. Il pose çà et là, également, les jalons d’un fantastique qui ouvre des portes à des sentiments autres que ceux de l’horreur quotidienne, des sentiments tels que l’amour, l’acceptation, et même, au-delà de la folie humaine, un certain romantisme.

Ruben Pellejero fait partie de ces auteurs dont j’attends chaque nouvel album. « Âromm », « Un peu de fumée bleue », « L’écorché » font partie, pour moi, de ces livres dans lesquels le graphisme, souvent novateur tout en s’inscrivant dans une construction traditionnelle, frémit d’une présence qu’on ne trouve pas souvent dans la sphère de la bande dessinée. Et avec « Loup de Pluie », c’est encore plus le cas, me semble-t-il. Dans cette histoire qui dépasse les frontières du western, tout en conservant ce que sont ses codes, dans cette fable brutale sur le racisme, dans ce qui ressemble à une légende racontée à laquelle se mêlent réalité, violence et cruauté, son talent graphique fait merveille. Il faut dire que trois personnages sont au centre du récit. Trois femmes. Trois portraits très différents les uns des autres. Trois personnages auxquels Pellejero a aimé donné vie, sans aucun doute, tout comme, d’ailleurs, à tous les personnages qui peuplent ces deux albums.

En se baladant dans « Loup de Pluie », rapidement, sans s’attarder, on ne peut qu’avoir le regard accroché par la construction des planches. Il y a la construction graphique, d’abord, qui devient réellement et profondément narrative, en utilisant une succession de plans cinématographiques. Plongées, contre-plongées, panoramiques, gros plans créent, dès le premier coup d’œil, la première trame du récit. Un peu comme si, tout compte fait, les mots glissaient au second plan. Il y a ensuite la construction des couleurs. Bien plus que d’être une succession de cases coloriées, les planches de Pellejero, d’une unité lumineuse, prennent toute leur force, toute leur vérité grâce à la couleur, source d’ambiances, source de sensations, image d’une palette qui réinvente sans cesse le réel. Rarement une telle union entre le dessin, le scénario et la couleur ne se révèle aussi parfaite.

 

Outre ce second tome d’un western à la fois ancré dans la tradition du genre et à la fois hors des sentiers battus, l’actualité de Pellejero se décline aussi aux cimaises d’une galerie bruxelloises. C’est à Champaka, près du Sablon, que vous allez pouvoir admirer, et le mot est incontestablement approprié, les œuvres de cet artiste à part entière. Un trait souligné de noir, des personnages consistants, et une couleur qui, toujours, fait partie intégrante de l’œuvre.

Une exposition à voir, donc, un livre à lire… Un éblouissement à  chaque page, pour une histoire marquée du sceau de l’intelligence, tout simplement !...

 

 

Jacques Schraûwen

 

Loup de Pluie : tome 2 (scénariste : Dufaux – dessinateur : Pellejero – éditeur : Dargaud)

Exposition jusqu’au 10 novembre 2013 à la Galerie Champaka (rue Ernest Allard 27 – 1000 Bruxelles)