Paul Almásy, une icône du photojournalisme

Paul Almásy, une icône du photojournalisme
Paul Almásy, une icône du photojournalisme - © Tous droits réservés

Plus qu’un globe-trotteur, Paul Almásy menait une véritable vie de nomade, l'appareil photo constamment autour du cou. Privilégiant la photo au texte écrit, il reste considéré comme un des photojournalistes les plus engagés dans le documentaire social du XXe siècle.

Né en 1906 d’un père juif et d’une mère issue de l’aristocratie hongroise, Paul Almásy quitte Budapest pour suivre des études de sciences politiques à Vienne puis à Munich. Alors qu’il est voué à une carrière diplomatique, il se tourne finalement vers le journalisme qui, bientôt, lui permet de réaliser un rêve d’enfant : partir à la conquête du monde.

Sa carrière de photojournaliste débute dans les années 30, après un premier voyage diplomatique au Maroc, secoué par la guerre coloniale.

À l’heure où l’Europe s’enlise vers un second conflit mondial, Paul Almásy photographie des sportifs allemands s’entraîner pour les Jeux Olympiques de Berlin de 1936. Le rédacteur en chef du Berliner Illustrierte évoque Almásy comme quelqu’un qui photographie "avec l’esprit d’un journaliste, et non d’un photographe".

Installé en France en 1938, Almásy est contraint de poser ses valises le temps de l’occupation, pendant laquelle il travaille comme correspondant de presse pour des journaux étrangers.

Un regard sur le monde au XXe siècle

Après la guerre, Almásy se remet vite à globe-trotter. Le temps d’une vie, il aurait pu gratter les pays du monde entier sur une carte, à l’exception de la Mongolie.

Le travail effectué lors de ses nombreux voyages constitue un important témoignage du XXe siècle. Aujourd’hui, la richesse documentaire d’Almásy ne représente pas moins de 120.000 clichés, classés par pays et par catégorie (État, économie, culture, vie quotidienne, faune et flore, etc.).

Si la plupart des photojournalistes sont, à l’époque, centrés sur les conflits et temps forts de l'actualité, notre photojournaliste se consacre davantage aux gens dans leur quotidien, leurs coutumes, leurs difficultés aussi. Dans le cadre de sa collaboration avec l’UNESCO et l’OMS, notamment, une de ses photos est reprise sur un timbre argentin, symbolisant la lutte contre la faim. En 1965, son reportage intitulé "Le monde a soif" dénonce le manque d’eau dans plusieurs continents du monde.

La photo et son pouvoir d’information

Les sujets sensibles comme la pauvreté, Almásy se contente de les aborder sans se laisser tenter par le voyeurisme. Dans le photojournalisme, l’observateur est – et doit rester – neutre, dénué de toute intention esthétique.

Bien que ses photographies soient particulièrement envoûtantes, le contenu prime sur la forme. Ne cherchant pas à embellir la réalité, il veut simplement que ses images informent le spectateur.

Comme photojournaliste, et non journaliste, Almásy est convaincu du pouvoir de l’écriture photographique face à l’écriture alphabétique. Plus facilement et rapidement décryptée, la photographie favorise également, selon lui, la mémorisation d’information. Même petite, une photo présente plus de composants à haute valeur informative.

Décédé à Paris en 2003, à l’âge de 97 ans, Paul Almásy avait été nommé "Maître de la Photographie" par le Conseil Européen des Photographes ProfessionnelsSon fonds d’archives photographiques est conservé par l’agence AKG à Berlin.