Parole à Louise Michel, une icône révolutionnaire française

Parole à Louise Michel, une icône révolutionnaire française
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De la cause ouvrière, à la laïcité, aux droits des femmes, à l’insoumission aux puissances extérieures en passant par la lutte anticolonialiste avant l’heure, le combat de Louise Michel ne trouvait aucune limite là où la liberté était menacée.

Une conscience politique précoce

Née d’une relation hors mariage entre un fils de châtelain et sa servante, j’ai passé mes plus jeunes années au château de Voncourt, en Haute-Marne. À cette époque, les textes de Voltaire et Rousseau façonnaient déjà mes futures aspirations révolutionnaires.

Profondément républicaine, plutôt mourir que de servir la monarchie ! Mais mon refus d’allégeance à Napoléon III me fermant les portes à l’enseignement communal, j’ouvris une école libre à seulement 22 ans.

Mon arrivée à Paris, en 1856, me fit viscéralement prendre conscience du désastre social provoqué par l’industrialisation : 12 heures de travail journalier, sans oublier le salaire de misère pour se loger dans des taudis…

Comment rester les bras croisés face à cette situation ? Fort heureusement, j’eus la chance de croiser sur ma route les futurs visages de la Commune de Paris – Jules Vallès, Emile Eudès, Raoul Rigaud, entre autres – avec qui je pus traduire mes idées en actions.

"Pour tous", sans exception

Si la lutte pour les droits des femmes n’était pas une cause en soi – comme l’est devenu le féminisme actuel – je refusais catégoriquement l’idée que les femmes puissent rester les "grandes perdantes" des évolutions sociales de l’époque.

L’instruction, le droit de vote, le droit de grève "pour tous" devait sous-entendre "pour les femmes aussi" ! J’écrirais d’ailleurs plus tard dans mes Mémoires "La question des femmes est, surtout à l’heure actuelle, inséparable de la question de l’humanité".

La Commune de Paris

La signature de l’armistice avec les Prussiens et l’élection d’une majorité de conservateurs à l’Assemblée nationale, c’était le coup de grâce ! Sans aucun doute, les républicains et conservateurs n’avaient pas les mêmes ambitions pour l’avenir de Paris. Résultat ? Eux voulaient la paix et nous voulions la guerre.

Propagandiste, animatrice d’un club politique, ambulancière, pas question non plus de refuser les armes pour défendre les camarades communards face à la répression des Versaillais.

Finalement arrêtée le 24 mai 1871, lors de la Semaine Sanglante, on me condamna à la déportation en 1873 au même titre que 4000 autres camarades communard.e.s. Ces mots resteront dans les mémoires :

" Je ne veux pas me défendre, je ne veux pas être défendue ; j’appartiens tout entière à la révolution sociale, et je déclare accepter la responsabilité de tous mes actes. […] Vous êtes des hommes qui allez me juger : vous êtes devant moi à visage découvert ; vous êtes des hommes, et moi je ne suis qu’une femme, et pourtant je vous regarde en face. […] Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part, moi ! Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance, et je dénoncerai à la vengeance de mes frères les assassins de la commission des grâces… […]

J’ai fini… Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi ! ".

-Louise Michel, Interrogatoire retranscrit dans La Gazette des tribunaux, 16 décembre 1871.

Détention&anti-impérialisme avant l’heure

En détention, je continuais mon combat pour la dignité humaine. Cependant, les conditions de vie des prisonniers n’étaient plus ma seule préoccupation, la reconnaissance des droits des autochtones était devenue mon nouveau champ de bataille.

" Ce n’est pas une miette de pain, c’est la moisson du monde entier qu’il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploités "

- Louise Michel – Note annexe à l’audience du 23 juin 1883 dans les Mémoires (1886)

Fascinée par ces nouvelles faune et flore qui m’entouraient, la politique coloniale imposée aux indigènes était, j’estimais, peu conciliante. Mon empathie envers ceux-ci prit aussitôt l’allure d’un parti pris lors de la rébellion des Kanaks contre les colons et lorsque je décidai de fonder une école mixte.

Retour en France et héritage

Après avoir refusé une fois ma remise en liberté, je regagnai finalement la mère patrie en novembre 1879, où j’étais devenue l’héroïne de la Commune. Le temps était passé depuis la Commune.

" La Révolution sera la floraison de l’humanité, comme l’amour est la floraison du cœur "
-Louise Michel, Mémoires (1886).


Jusqu’à sa mort, en 1905, Louise Michel n’aura de cesse de s’exprimer publiquement sur son engagement révolutionnaire, voire anarchiste. Figure adulée ou détestée aujourd’hui, elle est – et restera – inscrite sur une page importante de l’histoire.